What does it mean, a derive ?

What does it mean « derive » ?

« Like a moon walk /Like a shooting star / We met at Pont des Arts / Suddenly moonlight disappeared / We thought it was a moonlessnight / we walked together / like a shooting star  » Cuco

Roman a proposé à Cuco de venir à Paris le dimanche 28 mai pour qu’ils se rencontrent et faire un film ensemble. Comme il aime bien ce garçon et sa voix, Cuco a dit d’accord, faisons une dérive.

What does a derive mean  ? a demandé Roman.

Cuco a dit rdv au Pont des arts. Roman est arrivé Rive Gauche. Cuco est arrivé Rive droite. Ils ne sont pas arrivés en même temps. Ils ne sont pas arrivés du même côté. Ils se sont retrouvés exactement au milieu.

Troublés de se rencontrer, ils ont regardé le ciel. Il y avait cette nuit là un croissant de lune roux. Ils ont marché vers la rive gauche. Le temps de voir une étoile filante, puis de rebrousser chemin. Elle était si lente et si grande que Cuco s’est demandé si c’était vraiment une étoile filante. Roman a dit que c’était un bon signe. Apparemment il n’a pas fait de vœu.

/ On ne peut pas savoir s’il a fait un vœu, à moins d’être dans un roman avec un narrateur omniscient. Mais dans le roman de Cuco, le narrateur omniscient ne l’est qu’avec Cuco, car le narrateur du roman de Cuco n’est en fait que le prolongement de Cuco. C’est pourquoi c’est une fiction vraie. /

Cuco tout ébloui a oublié de faire un voeu. Peut-on considérer qu’il lui reste encore un vœu à faire ?

Ils ont marché un peu. La lune a disparu. Ils ont trouvé ça bizarre. La nuit était était douce, chaude et mystérieuse. Ils ont traversé les quais puis la cour du Louvre. Roman n’arrêtait pas de parler, d’ailleurs un moment il a dit à Cuco je n’arrête pas de parler. Il a raconté la panne d’électricité lors du concert donné au Festival Art Rock. Cuco a pensé à son texte La Panne, à 4.33 de de John Cage et aux Corps Versus Machine. Cuco ne lui a pas dit à quoi il pensait. D’ailleurs Roman ne lui a pas demandé à quoi il pensait. C’est normal on demande rarement aux gens à quoi ils pensent. Et c’est souvent mieux comme ça. Cuco a aimé la scène qu’il lui a racontée : que quelqu’un déclenche l’alerte incendie, que la coupure de courant soit intégrale et longue, qu’un millier de personne se retrouve dans le noir, qu’ils décident d’improviser un solo batterie, et qu’ils reprennent le concert 20 minutes plus tard.

Roman voulait boire et emporter un truc, le problème, c’est que dans les quartiers chics il n’y a pas d’épicerie. A chaque fois qu’ils s’approchèrent d’un café, les serveurs s’empressaient de dire, désolée, on ferme dans 5 minutes. La troisième fois, en face de la Comédie française, ils ont dit c’est pas grave, 5 minutes ça ira. Un japonais dans une voiture a ralenti puis s’est arrêté juste devant eux. Il a regardé Cuco avec insistance tout en ouvrant une porte automatique qui se levait comme un aileron. Ils ont beaucoup ri et à ce moment là Roman a dit je sens qu’on va bien s’amuser ensemble. Ils sont partis vers la Seine. Roman a commencé à filmer. Cuco a aperçu deux touristes qui sortaient de la Pyramide, ils avaient ouvert les barrières et s’étaient glissés dans la cour. Cuco s’est engouffré à son tour et a marché seul jusqu’aux fontaines de la Pyramide.

Comme dans un labyrinthe à ciel ouvert, il marchait au milieu des parterres d’eau, et s’est laissé aspiré par la transparence hallucinée de la Pyramide. Il marchait doucement, comme dans un rêve, sans personne à l’horizon. Roman restait loin, Cuco le regardait de temps en temps, puis il l’entendit parler, il se retourna, aperçu un gardien qui leur demanda de sortir. Cuco expliqua sérieusement au gardien que des touristes avaient ouvert la barrière avant eux. Le gardien n’osait pas regarder Cuco dans les yeux. Et pendant ce temps, Roman continuait de filmer. Cuco partit en direction de la Seine, les voitures ralentissaient en le voyant marcher. Ils s’assirent sur un banc sur les Quaies François Mitterrand avant de descendre sur les berges et de rejoindre le port des tuileries, marchèrent un long moment, jusqu’au Pont Alexandre III, sur le chemin, ils croisèrent des groupes qui interpellaient Cuco. Pourquoi tu es masqué ? demanda un garçon, ils jouaient de la guitare. Cuco s’est arrêté, Roman a déclenché rapidement la reprise, il filmait, et de temps en temps, il s’arrêtait et ils parlaient tous les deux. Ils s’entendaient bien. Cuco avec son mauvais anglais et Roman avec son français un peu approximatif, ça donnait de la douceur balbutiante à leurs échanges. Ils passèrent sous un pont, regardèrent des gens danser dans une péniche, Roman rêva d’y aller, il cherchait des lumières froides. Ils passèrent devant un SDF emmitoufflé dans un sac de couchage, il dormait, avec à ses côtés un petit poste de radio allumé d’où sortait une musique pop, entraînante, ce qui rendait sa solitude encore plus implacable. Plus loin il voulut le filmer contre le mur de la berge sous la lumière d’un lampadaire.

Arrivés devant le Show Case, ils hésitèrent à entrer, Cuco avait bien envie de déambuler dans cette vaste architecture aux grandes arcades éclairées par la lumière froide des néons, mais une femme les découragea en disant que l’atmosphère était lugubre à l’intérieur. Sans doute elle avait envie de rentrer tôt chez elle. Ils montèrent les escaliers, Roman héla le premier taxi qui passait, et proposa à Cuco de monter devant à côté du chauffeur, lequel bizarrement accepta. Direction Chez Moune. Ils partirent tous trois dans Paris pour une étrange course. Le chauffeur fixait Cuco avec insistance et lui demanda s’il allait à une soirée habillé comme ça. Cuco répondit non pas particulièrement. Le chauffeur demanda s’il sortait souvent comme ça. Cuco lui dit qu’il s’appelait Cuco et que oui, il sortait souvent comme ça, sans raison particulière. Cuco ajouta que c’était agréable qu’il n’aie pas eu tout de suite peur et lui expliqua que c’était interdit en France de sortir sur la place publique masqué, depuis cette loi islamophobe sortie sous Sarkozy il y a deux ans. Le chauffeur de taxi lui posa encore des questions. Cuco répondait doucement et regardait par la fenêtre. Roman filmait de derrière. Le chauffeur l’interpella. Et vous ? Vous vous connaissez depuis longtemps ? Roman lui dit que non que c’était seulement la deuxième fois qu’on se voyait. Que d’ailleurs il était content d’entendre ces questions et les réponses car il ne savait rien de tout cela.

Quand ils arrivèrent chez Moune, ils avaient l’impression d’avoir vécu ensemble une longue nuit. Roman le filma sur le petit dancefloor. Pierre Wax était aux commandes. Guido Minisky dans les parages. C’était la Pentecôte party de chez Moune.

A un moment, Cuco reconnu un air de Jean Sebastien Bach et dansa. Roman filma et décida d’arrêter là, pour cette première fois. Ivres et heureux, ils dansèrent sur ce petit dancefloor en damier, là où moins de deux mois avant ils s’étaient rencontrés.

What does it mean, a derive ? demanda Roman

C’est ce que nous avons fait ensemble cette nuit répondit Cuco

Cuco aurait pu ajouter, en guise d’explication, comme le réalisateur Kramer « J’ai été amené à croire qu’il était moins intéressant de raconter quelque chose à quelqu’un que de créer un espace où l’expérience puisse se partager ». Voici le film de Roman avec sa musique.

..https://vimeo.com/52860745

Publié par cucoandcuca

Transgendered and queer activist /Hacker transgender, performer, détourneur(e) des codes, j'interviens dans les espaces publics les Musées et les dancefloors

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