La fin du monde n’a pas eu lieu, la fin d’un monde arrive / FlashCucotte &Corps VS Machine

Chaufferie de la MachineLa fin du monde n’a pas eu lieu. De toute façon nous étions prêts, car en Cucoland, même au bord du naufrage, notre credo est toujours le même : vivre chaque jour comme si c’était le dernier. Par contre, la fin d’un Monde est en train d’avoir lieu : Patriarchal life, you are out of date ! Réjouissons-nous. C’est notre souhait pour l’an neuf : que ce vieux monde se consume ! D’ailleurs, malgré les ultimes soubresauts des conservateurs et la mauvaise haleine des pères ou mères de famille qui s’égosillent dans la rue pour empêcher la destruction de la cellule souche familiale, l’ordre identitaire s’effrite depuis déjà fort longtemps, et les nuits de la capitale l’attestent joyeusement. Il n’y a bien que les aigris qui ne sortent jamais pour dire qu’il ne se passe rien à Paris et qu’ailleurs les fêtes sont plus belles. Alors, avant que les souvenirs de cette soirée insensée et mémorable ne s’évanouissent dans les vapeurs éthyliques de l’an neuf, Cuco veut exhumer quelques souvenirs d’une Flash Cucotte mémorable.

D’abord, c’était en 2012 et c’était the last Flash Cocotte, la tender queer party de Paris. Ensuite, elle avait lieu le 29 décembre à la Machine du Moulin Rouge. Enfin, les Cocottes avaient confié la Chaufferie à la Corps VS Machine. Rappeler seulement que la chaufferie était pendant des décennies la véritable chaufferie du Moulin Rouge et les chaudières sont toujours là. Corps Versus Machine à la chaufferie, tout un programme donc, juste dans le titre. Et ce fut bien une sorte de rencontre alchimique.

Après avoir fait un rapide tour dans les backstages, le temps d’apercevoir Dactylo, transformée en charmante princesse avec une robe rose à volants, arborant des petites oreilles de lapin, Pepi Della fresca, Numéro Six, Stephane Moshé, ainsi que de splendides Cocottes qui se préparaient déjà pour leur show, Cuco est sorti se promener. Il était en effet inhabituellement tôt pour lui, même pas une heure du matin, Anne-Claire lui avait dit de venir vers minuit pour recevoir les consignes pour l’élection de la Miss Cocotte qui n’était en fait prévue qu’à 1H30. En sortant, j’ai croisé Mikael Knafo Jobs arborant un manteau de Cocotte volumineux à poil blanc, puis j’ai emprunté le large escalier jusqu’à la Chaufferie, où, accoudé aux balustrades de la passerelle juste en face de la scène, j’ai écouté et regardé longuement Rag mixer. L’atmosphère était joyeuse, comme il était encore tôt, il n’y avait encore rien de débridé, elle tenait fermement la barre, avec sa classe habituelle. Léa Le est alors arrivée, avec la fraîcheur d’une jeune fille en fleur, vêtue d’un imperméable blanc. Nous avons parlé, elle m’a dit qu’elle n’était pas sortie depuis longtemps, que c’était bien, les têtes avaient changé; c’est vrai, Cuco ne connaissait pas grand monde non plus. Je lui ai dit que j’allais à l’élection de la Miss Cocotte et qu’elle devrait se présenter ainsi vêtue, elle serait peut-être, paradoxalement, la plus subversive. Elle n’a pas osé.

J’ai poursuivi ma déambulation, montant jusqu’au dernier étage de la Machine, où les Travlators organisaient un atelier pancarte, entre autre en vue de la prochaine manifestation du 27 janvier. L’atmosphère était bon enfant, ça avait des allures de gigantesque et improbable atelier d’expression libre, sauf que l’activité manuelle proposée était aussi militante et avait lieu dans une boîte de nuit, ce qui change tout. Malheureusement Cuco n’a pas eu le temps de laisser libre cours à sa créativité, ni à son imagination pourtant fertile, car des idiot(e)s complètement ivres ont voulu immortaliser leur rencontre, non seulement en prenant des photos, mais surtout, en appliquant sur lui leurs mains pleines de peinture. Cuco est descendu se laver et dans la glace, a découvert une main rose posée sur son coeur, c’était si romantique qu’il a regretté d’avoir insulté cette fille. Après s’être entièrement nettoyé, il est descendu à la Chaufferie prendre un wiskey,  Rag était encore aux commandes, l’atmosphère était plus chaude, la passation avec Ivan Smagghe imminente.

Cuco est remonté dans les loges car il devait se préparer à accomplir sa tâche : élire la Miss Cocotte. Il a retrouvé Chill O, qui portait un magnifique sweet blanc avec une reproduction d’une oeuvre de street art, a-t-elle expliqué, une série de petits ballons colorés.  La tonalité joyeuse de leurs retrouvailles a d’ailleurs été immortalisée par Yvette Neliaz, elle-même membre du jury,  à 2.01 :

élection de Miss Cocotte par Yvette Neliaz

Puis j’ai croisé ce cher Clément Giraud : vêtu d’une très longue robe noire argentée, et d’une perruque de cheveux longs et roux, il était prêt pour jouer la présentatrice, aux côtés de l’incroyable Sébastien Vion. Candidat(e)s ou membres du jury, nous nous sommes tous retrouvé(e)s dans l’escalier pendant que les deux présentaient l’Evénement. Tout est allé très vite ensuite, la foule de danseurs devenus spectateurs se pressait contre la scène, Niz Denox était aux platines avec Dactylo, tout s’est accéléré, les règles de l’élection ont complètement échappé au jury, si bien que F.Chaignaud, splendide dragqueen, a quitté la table du  jury pour s’avancer sur scène. Quant à Yvette Néliaz, elle photographiait, Simon Porte Jacquemus, veillait, avec élégance et détachement, et moi, je regardais. Une pluie de paillettes a inondé la scène et le dancefloor. Cuco a aimé ce défilé, aimé voir Esmée Sous-entendue se prendre pour Patti Smith et faire semblant de lire quelques extraits de Just Kids avant de se jeter nonchalamment dans la foule, la danse de Yasmina Cheveux, Garry Pourri, la Miss Cocotte de l’année dernière et ses ballons,  le duo de barbus aux tuniques blanches néo-classiques, (Arthur Gillet), l’allure de Raya Martini, celle de Mohamed Saïdi, de Konstantin Kudelih, et tous(tes) les autres, dont il ne connaît même pas les noms.

Après la joyeuse consécration de Laurence Colère, nouvelle Miss Cocotte, Cuco est remonté et a rencontré le photographe Jacob Khrist. Des inconnus ont voulu se faire photographier avec moi, et chaque fois ils se collaient ou penchaient la tête pour entrer dans le cadre, alors Jacob Khrist s’est lancé dans une leçon de photographie aussi pertinente qu’hilarante, étant donné le contexte, pour leur dire que le cadre, c’était son affaire, et non pas celle du modèle. Les élèves / modèles en question étaient bien trop défoncés pour comprendre ce qu’il disait, après son explication ils ont recommencé à s’agglutiner, au lieu de s’en tenir à l’espace vide. J’ai croisé aussi les très charmants Jeremias Boulanger et Numéro Six, puis Léonie Pernet qui se préparait pour son set qui commençait à 4h du matin, Rag, et Lubna Lubitsch, dont c’était l’anniversaire. Comme dans un film de la Nouvelle Vague, elle était assise, jolie, calme et sans entrain, l’air morose. Un refrain s’échappait de ses lèvres, j’ai cru reconnaître la voix d’Anna Karina qui, la moue boudeuse, demande d’un ton plaintif : « Qu’est-ce que je peux faire ? J’sais pas quoi faire « . Oh, après coup, je ne résiste pas à cette réminiscence de Pierrot Le Fou…petit intermède cinéphile de 23 secondes….d’ailleurs, on couperait bien avant l’intervention machiste de Belmondo/Godard… ça rejoint justement le thème de la Jeune fille cher à Lubna L, puisqu’elle a écrit dernièrement un petit texte dans le journal des Barbieturix. C’est d’ailleurs surtout le thème critique des posts-Situationnistes.

Quelque peu désabusée et mélancolique, Lubna Lubitsh, peut-être rattrappée à son insu par la « jeune fille », s’est livrée à des considérations existentielles non sur la fuite du temps, mais sur le thème du déjà vu, comme si le fait d’être de l’autre côté de la barrière, parce que d’habitude avec les Barbieturix elles sont toutes maîtresses des lieux, empêchait d’avoir accès pleinement à l’esprit de la fête. Et puis il faut le dire, l’esprit de la fête parfois nous quitte inopinément, ça vient de m’arriver ce week-end.  Epiphanie mal vécue. Bonjour Tristesse. Merci Françoise. On ne sait pas si c’est à cause de ce qui se passe, ou à cause de ce qui ne s’est pas passé, ou si c’est simplement nous qui faisons obstacle à la possibilité qu’il se passe quelque chose. En tous cas, j’ai aimé ses considérations sur le caractère déceptif : comme en amour, on attend tout d’une soirée et parce qu’on en a trop dit, ou parce qu’on a trop espéré, nous sommes déçus. Bref c’était l’anniversaire de Lubna.

Redescendu à la Chaufferie, je me suis promené longuement sur les passerelles, c’était la fin du set de Ivan Smagghe et c’était vraiment bien. Comme Cuco était d’humeur espiègle, peut-être à cause de toutes ces Cocottes déchaînées,  en mode FlashCucotte, il avait envie de s’amuser encore. Alors j’ai repéré un espace merveilleux, digne d’Alice au Pays des Merveilles. Vide. Terriblement tentant. J’ai croisé Marie Million sur mon chemin qui était partante pour pirater avec moi ce petit espace vierge. Comme j’hésitais à enjamber la barrière, elle m’a encouragée, et hop ! quelques minutes plus tard, nous étions toutes deux en bas à danser au milieu des champignons géants et des fleurs multicolores, aux rythmes d’Ivan Smagghe. C’était comme un hors champ merveilleux et enfantin de la soirée. Ne manquait plus que Dactylo avec ses frous frous roses, ses petites oreilles et sa mine ingénue. Mais hélas, elle mixait là haut, avec Numéro Six et Pipi Della Fresca. Deux filles nous ont rejointes, entraînant malheureusement dans leur sillage un gardien très remonté qui nous a expédiées dans le monde réel manu militari. Pour les sceptiques, qui penseraient que Cuco n’a en fait pas vu, mais pris des champignons, voici la preuve : deux photos de ce magic dancefloor éphémère….

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Cuco a confié à Hélène Jennox un secret qu’elle n’a pas compris. Mais ça, elle ne lui a pas dit tout de suite, c’est seulement le lendemain qu’elle s’est dit que ce secret n’en était pas un, et au Batofar 10 jours plus tard qu’elle lui a dit qu’elle ne comprenait pas en quoi c’était un secret ! C’était doux de revoir Pierre, Pi Re, de rencontrer brièvement Kevin Lemoine, et de croiser le beau Léonard Collignon, avec lequel il a dansé dans les escaliers.

La fin de soirée était folle, Léonie Pernet a pris les commandes et la chaufferie s’est littéralement soulevée. La Corps Vs Machine était au rdv, Jasmin De Nimbocatin sur des ressorts, et de nombreux(ses) acolytes complices ont rempli la scène. Comme lors de son set à la CurryWürst en septembre 2012 au Batofar, Léonie Pernet était inspirée, presque en transe, mais une transe froide et maîtrisée. Elle avançait, élégante, l’air de rien, concentrée et implacable, sous le regard doux et bienveillant de Guido Minisky qui dansait dans un coin de la scène. Et tandis que Sally se suspendait aux barres du plafond et faisait de la balançoire, Mila Aragon en plein trip se prenait pour une panthère et rampait sur les platines. Quant à Cuco et Léa Le, ils étaient heureux de se retrouver, l’oeil délicat de Chill O est passé par là…

Sally s’est fait finalement virer. Sans doute parce qu’elle n’a pas résisté au désir de se suspendre de nouveau à moitié nue au-dessus de la scène. J’étais dans le grand hall d’entrée quand je l’ai vue passer et marcher gentiment derrière le videur, j’ai interpellé Pepi Della Fresca pour qu’il intervienne et la sauve des griffes du bourreau. Mais le temps de saluer Chärly -Nelly Adäms, toujours aussi belle, et Sally était déjà de retour parmi nous ! A la chaufferie, c’était terminé, mais la Flash continuait, il était plus de 6H du matin, il y avait encore une foule sur le dancefloor de la Central, alors que j’allais partir, Jenni Sarfati est venue une dernière fois me dire qu’elle aimerait quand même bien savoir qui se cache sous ce masque, et puis Audrey Saint-Pé a voulu absolument m’offrir un shot de wiskey. Ivre et volubile, elle a fini par me dire que Cuco était le supplément d’âme des soirées, ultime douceur pour rentrer et faire de beaux rêves après cette fabuleuse flash Cucotte…

Publié par cucoandcuca

Transgendered and queer activist /Hacker transgender, performer, détourneur(e) des codes, j'interviens dans les espaces publics les Musées et les dancefloors

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