Cuco cuclillo coucou CC

En guise de cadeau de Saint Valentin, un lecteur du blog m’envoie cet article de Michaël Grégoire, maître de conférence d’espagnol à l’université Blaise Pascal de Clermont ferrant où il enseigne la traduction et la linguistique générale et espagnole.  Il me demande si j’ai d’une quelconque manière inspiré l’écriture de cet article, je n’ai bien sûr pas pu lui répondre, à moins que Michael Grégoire ait lu le post du 26 mars ? Ou simplement, et c’est le plus probable, ce n’est que coïncidence. Ce monsieur s’intéresse à Cuco Cuca sans savoir qu’il existe un être qui s’appelle ainsi et qui vit dans le même pays que lui. Et d’ailleurs, sous plusieurs formes concomitantes, mais dans un autre pays, car vous avez pu découvrir le premier vol des perruches latino-américaines Cuco Cuca. Toujours est-il que Cuco Cuca a trouvé son biographe herméneute et ce n’est pas le moindre des paradoxes car Cuco est un être sans ancêtres, sans biographie officiels, sinon ceux et celle que tissent le langage et la mémoire des un(e)s et des autres. Mais l’affaire est complexe et il faut être fin linguiste pour suivre ces raisonnements quelque peu abscons, vous pouvez télécharger l’article sur le net, sinon, je vous livre quelques extraits. Derrière l’apparente diversité, voire même ambiguïté du signifiant, ce chercheur s’attache à trouver des invariants sémantiques, ou des saillances. L’invariant minimal fédérateur qui ressort est l’oiseau et l’astuce. Finalement l’ambiguïté ne serait qu’apparente…

J’ai bien la confirmation que Cuco Cuca désigne un drôle d’oiseau, et aussi le sexe féminin et masculin. J’y apprends qu’ils renvoient aussi à la femme perverse, au cocon ou à la larve, bref, au mutant, ce qui va se transformer. Plus surprenant, j’apprends que Cuco désigne parfois un cafard, un fruit sec, ou un fourgon de police. Dans ces cas là, je préfèrerai m’appeler Cuca. Surprenant aussi de découvrir que Cuco ouvre à la rondeur,  petit panier, voire même berceau. Cuco berce… enfin j’ai bien la confirmation que Cuco (Cucus, Cucclillo) désigne le dandy, mignon, rusé et astucieux.

Le constat de l’ambiguïté ?

« Il n’est pas difficile de déceler, au gré des lectures, des mots lexicaux de quelque langue qu’ils soient qui posent la question de l’ambiguïté. En effet, une même forme peut très souvent renvoyer à plusieurs référents. Par exemple, pour l’espagnol, langue que nous étudierons ici, le substantif ganga, d’une part, évoque aussi bien un « gang » qu’une « bonne affaire », et cuco, avec son féminin cuca, ne désignent pas moins de huit sens en discours

La problématique est donc de savoir, dans ces cas précis, sur quoi repose ce phénomène que l’on nomme de polyréférentialité où à un signifiant donné correspondent plusieurs sens non nécessairement ou non directement liés entre eux. Or, cette ambiguïté pourrait n’être que de façade et révéler des usages particuliers que ces signifiants autoriseraient en propre, une propriété visible dans leurs rapports à d’autres signifiants. Notre objectif est de chercher une cohérence entre le sens et la forme dans le lexique. Nous nous proposons, pour ce faire, de partir en quête de l’invariant minimal fédérateur qui apparaît après structuration morpho-sémantique de vocables faisant système. Ledit invariant est donc fonction des structures et des paradigmes dont les signifiants font partie.

La propriété commune aux signifiants corrélés sera nommée une saillance, une unité d’analogie porteuse d’information conceptuelle, c’est-à-dire pré-sémantique. Cette saillance peut toutefois varier en fonction des discours…….

Cuco, cuca et leurs nombreuses acceptions

Cuca (Cf. cuco 2).1. f. souchet, amande de terre.2. f. Chenille donnant lieu à certains papillons.3. f. cafard.4. f. coloq. Femme ayant le jeu pour vice. 5 f. coloq. peseta (monnaie espagnole).6. f. Chili. Oiseau haut sur pattes ressemblant au héron européen, par sa couleur et son aspect, mais plus grand. Il se caractérise par son cri strident et son vol maladroit et dégingandé. 7. f. Chile. Fourgon de police servant à transporter les détenus. 8. f. vulg. Col., Guat. y Ven. Sexe de la femme.9. f. Col. Galette ronde et sucrée faite de farine de blé et de biscuits en sucre. 10. f. Nic. pénis.11. f. pl. Noix, noisettes et autres fruits et gourmandises similaires.

Cuca (anthroponyme) : Diminutif de Maruja (María) ou de Piluca (Pilar)
Cuco (D’origine inconnue) 1. m. coloq. Petit panier léger à anses en osier, en toile, ou fait d’une autre matière, qui sert de berceau. (Cf. DRAE, s.v. cuco. Nous traduisons)
Cuco, ca (D’origine onomat. : de cuclillo; cf. lat. tardif cucus et gr. κόκκυξ. 1588-98. Corominas, s.v.) 1. adj. mignon, dandy. 2. adj. coloq. Rusé et astucieux, qui porte une attention toute particulière

On distingue donc une répartition entre les mots évoquant une « rondeur » et ceux évoquant un « resserrement ».

Si les deux notions sont liées, l’on peut même envisager que l’idée de « rondeur » est consécutive de celle de « resserrement », resserrement partiel pour la désignation d’un « objet arrondi » (coco, cuca) ou d’un « hémisphère » (e.g. coccinela, buccino, cica). D’ailleurs, cercar peut bien désigner l’idée de « resserrement d’un cercle ». On relève donc logiquement les sens d’étranglement » (occidĕre), de « rapprochement » [cercar, « rapprocher » (vx), étymon de acceder] tous issus du même concept de « resserrement » et associés par le même groupe graphique qui visualise l’action du resserrement à plusieurs stades distincts de son processus.

Ajoutons enfin que l’observation détaillée des corpus du CREA et du CORDE démontre que si cuco possède effectivement une capacité d’évocation de la « rondeur », il actualise davantage la saillance phonique {K-K} liée à l’onomatopée de source animale (coefficient 7,5). Cuca, en revanche, actualise plus la saillance {C-C}, quoique à une échelle moindre (coefficient 2,2 contre 1,4 pour {K-K}). Cependant, cuca peut aussi bien faire sens avec cucha, chucha, concha et chocho (« vagin »), tous d’usage au Chili, notamment. Dans le rapport à ces autres termes, c’est le même invariant graphique {C-C} qui est actualisé. Or, la différence pour atteindre le coefficient 10, soit la totalité des emplois actualisés, est importante : 10 – (2,2+ 1,4) = 7,4. Cela s’explique par le fait que 74% des emplois de cuca sollicitent d’autres saillances. Étudions-en donc deux autres potentielles.

Structure duplicative 1 : « malhabileté » vs. « astuce »

Notons qu’à un niveau pré-formel, cuco et cuca forment des segments dupliqués. Il convient donc aussi de prendre cela en compte pour chercher à démontrer la motivation de chaque emploi en discours et en démontrer la non-ambiguïté, et donc l’unicité de ces signifiants. En l’occurrence, face aux termes suivants à formes dupliquées : gago, zazo, tartamudo, tato, balbuciente, farfulla, tartajoso désignant des personnes bègues ou malhabiles ou soso (« insipide »), bobo, lelo, tonto (« bête », « idiot »), clueco (« très faible et presque grabataire »)33, ou pavo ([páo], « godiche », du fait de la duplication de phones bilabiaux), nous sommes en droit de prôner l’existence d’une structuration basée sur une duplication segmentale ou phonétique se rapportant au concept de »niaiserie » ou de « malhabileté ».

Or, cuco et parfois ganga dans une orientation sémantique plus précise, à l’inverse, désignent une attitude astucieuse (cf. supra). Il est donc possible d’opter ici pour une exploitation énantiosémique de la saillance duplicative. Car rappelons que le niveau conceptuel ne donne pas d’indication sémantique et autorise en cela un sens et son contraire. L’emploi adjectival de cuco, a et le substantif ganga, également actualisés par les structures plus restrictives étudiées, pourraient alors être dus à cette mise en système, ce que finalement déclarent ou n’interdisent pas leurs signifiants respectifs.

Structure duplicative 2 : intégration dans un système de redoublement des hypocoristiques

En ce qui concerne le prénom Cuca, diminutif de l’anthroponyme Maruja, il est intéressant de constater qu’il entre également dans un système de duplications, impliquant cette fois-ci d’autres hypocoristiques. C’est ce que Plénat a détecté avec Concepción  concha, où la racine c-c est conservée ; Jesusa  Concha, avec maintien de la duplication mais changement de support formel ; María  Maruja  Cuca, Pilar  Piluca  Cuca ; Socorro  Coco ; Rosa  Chocha, avec apparition de la duplication. Ce phénomène semble donc dû à des mécanismes de création et de corrélation duplicatives qui reposeraient le plus souvent sur l’optimisation des premières ou deuxièmes consonnes d’attaque par redoublement. Or, le dernier cas Chocha ne saurait être rattaché à la structure duplicative que par le graphisme car c’est le seul moyen ici de le corréler à Concha, à Cuca ou à Coco. Cette corrélation est permise par le fait que la saillance ne porte pas sur un support formel mais sur la co-présence de deux éléments identiques à l’intérieur d’un même signifiant. La forme c-c est donc perçue ici sous l’angle duplicatif et non de la notion de « resserrement ».

Notons par ailleurs que Pepe est aussi issu d’une motivation d’origine graphique P.P. lu [pepe] est en effet le sigle de padre putativo alors que le lien avec l’anthroponyme non diminutif José n’est pas évident. Cela illustre l’importance du signifiant graphique dans la création et la corrélation des hypocoristiques, importance que l’on retrouve dans l’obligation d’apposer une lettre inaugurale majuscule, ce qui est aussi un fait graphique. C’est un des paramètres qui permettent de différencier cette deuxième structure duplicative de la première dont les membres ne semblent reposer que sur l’aspect répétitif et sur le phénomène d’écho qu’il provoque, sous son aspect plutôt phono-articulatoire. Nous n’irons pas plus loin ici mais nous pensions que cette nuance méritait d’être soulignée.

Déductions sur la non-ambiguïté des deux vocables cuco(/a) et ganga et sur son rapport à la nature du signe

Nous pouvons conclure en posant que le concept d’oiseau » chez cuco(/a) et ganga repose sur le trait phono-articulatoire {K-K}. L’invariant {nasale x vélaire}, quant à lui, représente la notion de « réduction », sous l’angle de la « réduction de l’effort », dont découlent des réalisations sémantiques assez diverses. Pour ce qui est de la saillance {C-C} rattachée au concept de « resserrement » / « rondeur », nous avons remarqué qu’elle donne lieu à des capacités sémantiques encore plus variées, ce qui est certainement dû au haut degré d’iconicité de cette structure et du mode de formation de ses membres. En outre, la saillance {duplication 1}, considérée énantiosémiquement, peut renvoyer à la fois aux idées de « malhabileté » et d’astuce » et regrouper également les signifiants cuco / cuca et ganga en tant qu’invariant commun supplémentaire isolable et fédérateur. Or, nous observons que, chez ganga, ce qui n’est pas le cas pour cuco, le signifiant suppose et autorise une spécification sémantique, soit « une astuce visant à la réduction de l’effort ». Les concepts à l’origine du signifié de cuco(/a) ou de ganga pourraient en effet tolérer en amont leurs spécifications sémantiques respectives et les faits de polyréférentialité et d’énantiosémie. Enfin, la saillance {duplication 2} basée intégralement sur le graphisme – et de facto beaucoup plus précise – montre une nouvelle actualisation possible de [C]uca. Ces quelques structurations opérables au niveau submorphologique montrent, selon nous, que les principes de la consubstantialité et de l’unité du signifiant et du signifié peuvent gagner en pertinence. En effet, le signifié ne peut en l’occurrence être établi qu’à travers ce que déclare le signifiant qui lui correspond. Ainsi, par défaut, ce que ce dernier ne déclarera pas n’apparaîtra pas comme support de nomination ou de représentation aux yeux du sujet qui use du système. Notons enfin que la « théorie de la saillance » ne répond certes pas à tous les problèmes, voire en pose de nouveaux, mais pourrait aussi autoriser sur le plan lexicographique, à remettre en question la classification des acceptions données par certains dictionnaires.

La multiplicité structurelle fait donc écho à la pluralité des référents à laquelle peut renvoyer un même signe, qu’une analyse superficielle ou une considération hors système amèneraient à considérer comme ambigu. Avant même d’être envisageable, l’ambiguïté semble en effet levée par le système lui-même auquel le signe appartient et sans lequel ce dernier n’a pas de statut ontologique.

Publié par cucoandcuca

Transgendered and queer activist /Hacker transgender, performer, détourneur(e) des codes, j'interviens dans les espaces publics les Musées et les dancefloors

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