Se souvenir d’un 8 mars un 21 avril 2013

Depuis des semaines, des mois, une page de l’histoire de la famille et de la filiation se tourne et une nouvelle s’écrit dans la violence. Au vue des sursauts de la bête immonde, il n’y a pas de doute que le vieux système patriarcal s’effrite, que ses fondements vacillent et qu’il est prêt à s’écrouler. Comme le 23 avril est imminent, comme ce dimanche 21 avril était une radieuse journée de rassemblement militant  pour l’égalité des droits et contre l’homophobie, c’est le moment de revenir sur la dernière Wet For Me qui était bien plus qu’une simple fête. Ce jour là nous étions le 8 mars, journée internationale de la femme, et  un grand rassemblement féministe et militant avait lieu à Pigalle.  A l’entrée de la Machine du Moulin Rouge, c’était un petit peu comme à la fête de l’humanité : il n’y avait pas de galettes saucisses, ni d’huitres de Bretagne, ni de spécialités du Sud Ouest, mais en revanche, il y avait des stands militants, des femmes à barbe, des gouines comme un camion, des chefs de file du collectif Oui oui oui, des grandes figures du petit monde lesbien parisien, des Barbieturix bien sûr, des féministes comme à la grande époque du féminisme qui fait rêver, un petit avant-goût festif  de la venue d’Angela Davis à Paris pour la conférence qu’elle a donnée à la Sorbonne en mars dernier.

Quand je dis sérieusement dans un dîner qu’une des formes du militantisme aujourd’hui passe obligatoirement par le dancefloor, on me rit au nez. C’est pourtant vrai.  Aussi vrai que de dire que le militantisme passe par le lit. Puisque la vieille séparation sphère privée-sphère publique est révolue depuis longtemps, pourquoi faudrait-il considérer qu’un dancefloor est plus inoffensif qu’un colloque ? Dans les deux cas, on n’échappe pas à l’entre-soi mais au moins sur un dancefloor ça se mélange plus. En dehors du lit et du dancefloor, il y a la rue, les collectifs, les micros groupes, les groupuscules même, et ce qu’il y a de bien avec les Barbieturix, c’est qu’elles sont aussi dans la rue et pas seulement sur le dancefloor.

Cuco est arrivé tard parce qu’il a dû attendre Thomas Cuca très longtemps dans le froid, tout ça à cause de LL et de R N qui ont aggravé ma schizophrénie.  Je crois d’ailleurs que ce soir là, Lubna Lubitsch a été attaquée par une bande de sorcières réunies spécialement pour l’occasion qui lui ont jeté un sort. Je l’ai croisée brièvement, toute blême, avant qu’elle ne parte et plonge dans un grand sommeil, attendant que le prince Rag ne vienne la réveiller, si j’en crois la déclarations de RN à l’aube dans les backstages. ( c’était le moment Rag/ot de Cuco ). Mais en fait le scénario était plus queer et raffiné que cela : c’était un piège que le prince lubna tendait à la djette princesse Rag. L’Histoire est pleine d’incroyables histoires de transfuges, ainsi au VIII ème siècle une certaine Marina se fit appeler Marinus par son père et grâce à ce stratagème, elle put être installée dans le Monastère. C’est seulement après sa mort qu’on découvrit son identité. Elle est d’ailleurs fêtée le 17 juillet par l’église latine et le 12 février par l’église grecque…. Saint(e) Marinus/a !

Comme il y avait trop de lumière et que Thomas Cuca se sent plus proche de la chauve-souris que de l’être humain, on a dû se dépêcher d’entrer en piste. Direction le promontoire avec la plus belle vue de la night parisienne. Quand je suis arrivé, la place était libre tout au bout du petit salon, c’était idéal, ça me rappelait le Batofar, avec une griserie supplémentaire, parce qu’à la Machine tu es à la fois à la poupe et sur le dancefloor. Même au-dessus, tu es encore dedans. Promontoire, c’est la version lyrique et grandiose de perchoir, et comme Cuco est, entre autre, un petit nom d’oiseau, je devrais peut-être me contenter de cette version modeste de l’habitat et abandonner définitivement le style d’inspiration mégalomaniaque. On stage c’était la new-yorkaise Kim Ann Foxman qui officiait. La scène avait été chauffée par Claude Violante et si j’en crois les photos de Marie Rouge, par la performance de Billy Toon, de FloPlaynight et de Louise Laville, trio lesbo-queer transformé pour l’occasion en étranges Pères de l’Eglise sans Eglise.

Assis à une petite table où trônaient les restes d’une fête fastueuse à laquelle n’avait pas été convié Cuco, j’ai sorti de ma poche une petite bouteille de wiskey. Devant ces restes et dans ce décor, Cuco s’est senti un peu comme un prince déchu, comme Charlot dans La ruée vers l’or lorsqu’il s’attable pour manger sa chaussure. Et ce qui est beau, c’est qu’après l’avoir cuit, il la mange vraiment. La semelle de Charlot c’est l’ormeau du pauvre. Je regardais, et là-haut, suspendu, j’ai aperçu une affiche ou un dessin, avec quelqu’un de masqué. Surréaliste tête à tête. En me penchant un peu, j’ai aperçu quelques ami(e)s au loin. Nous nous sommes salués. La belle Marie Macabre est arrivée, elle portait une chemise à fleurs très chic, ont suivi Jasmino De Nimbocatin et Julio Tyranno. J’étais heureux de les revoir, heureux d’être ainsi accueilli, comme moi elles trouvaient drôle d’être attablées comme des princesses avec les restes de bouteille de champagne et de vodka. C’était la version cheap des WIP. Jasmino a commencé à mimer le banquet, il le faisait très bien, Cuco a voulu vider les fonds de bouteille, mais Jasmino avait déjà tout bu. Il était temps de lever l’ancre et de se jeter dans la fosse.

Sur le chemin, j’ai croisé Julia Giardino, ça faisait longtemps que nous ne nous étions pas vues, c’étaient d’heureuses et paisibles retrouvailles. Sur le dancefloor, j’ai d’abord croisé la chère et rieuse Olivia (Van der Vinck/OVDV) qui m’a fait étrangement penser à quelqu’un. Je me suis rappelée un peu plus tard à qui. En fait, elle me faisait penser à elle même dans le film Bref je suis allée à la Wet For Me.Ou bien Olivia a trop regardé le film, ou bien elle est trop rentrée dans son rôle de tombeuse, mais sur le dancefloor, elle ressemblait vraiment à elle-même dans le film, à moins que ça ne soit moi qui ai trop regardé ces épisodes croustillants réalisés par Silya De Senz, avec l’excellente Saida Djoudi ?  OVDV souriait,  mais contrairement à d’habitude elle m’a évité. Comme elle avait apparemment fait une rencontre, elle a dû avoir peur que ça foire à cause de moi; c’est vrai que Cuco peut parfois crisper et qu’il n’est pas toujours aisé, de prime abord, de tisser une convivialité, ni d’inventer un moment chaleureux, à moins de se trouver dans une assemblée de fétichistes de latex, et alors là, bien sûr c’est le succès assuré, mais là, ce n’était pas le cas.  Heureusement, en fin de soirée, le courant s’est rétabli, elle a réussi à ouvrir le cercle et nous nous sommes retrouvées.

Et puis j’ai croisé une personne malintentionnée qui est venue m’embêter sur le mode fouineuse, me disant avec un air menaçant qu’elle savait qui j’étais. Je lui ai dit que j’étais ravie de l’apprendre car moi je l’ignorais. Cette pirouette socratique n’a rien calmé. Elle m’a sortie un nom, c’était le nom d’une relation professionnelle, j’étais vraiment très étonné et me suis demandé comment c’était possible qu’à la fois elle ignore qui je suis, puisqu’elle se trompait, et qu’en même temps, il y ait une connexion. J’ai depuis moi-même fait mon enquête et j’ai découvert un petit détail tout à fait instructif pour tout un chacun, qui a pu induire en erreur un certain nombre de personnes. Lorsque nous nous connectons à un ordinateur et qu’il y a une connexion Youtube et/ou gmail ouverte, automatiquement le nom de la personne connectée s’affiche sur la vidéo postée ou consultée. Comme je me connecte pas forcément à mon compte Cuco Cuca sur les ordinateurs que j’utilise qui ne m’appartiennent pas, c’est donc parfois leur nom ou le nom de quelqu’un qui s’est connecté à son compte YouTube qui apparaît. Je laisse donc aux esprits policiers la joie de farfouiller et de guetter de nouveau, un jour, le surgissement d’un nom de mon autre vie sociale, l’occasion ici d’exprimer que l’expérience de Cuco n’intéresse pas tout le monde au bon endroit, mais suscite parfois une curiosité malsaine. Mais toi, cher lecteur, chère lectrice, tu n’es pas de ceux ni de celles-là, je le sais déjà. A l’inverse, j’ai reçu cette nuit un très beau message d’une photographe, qui a pleinement accepté le pacte de Cuco, c’est à dire le jeu de l’inconnu et avec l’inconnu. C’est de là qu’elle veut partir, et c’est bien sûr seulement dans cette zone de trouble que le poème peut surgir. Et ce qui me touche, c’est qu’elle exprime  justement avoir commencé par le contraire, à vouloir tout savoir de moi, mais qu’à présent elle veut simplement partager cette expérience de l’inconnu.

Et puis j’ai vu Stéphane Von Brach, nous sommes comme d’habitude tombés dans les bas l’un de l’autre, et là, c’était parti pour une nuit déjantée à danser sur le dancefloor avec la bande de Tatie Jones, la très douce islandaise, avec les délicieux Borja Paris et Amin Naoui, aux rythmes d’Anja Sugar. Je ne me rappelle plus très bien de tout ce qui s’est passé sur ce dancefloor, à cause du temps qui s’est écoulé depuis, mais aussi à cause de diverses effluves et substances qui ont circulé et parasité mes circuits neuronaux,  effet (al)chimique produit par l’extrême concentration humaine sur un dancefloor, en particulier près de la scène de la Machine du Moulin Rouge, c’était fou fou fou with so much love. Le lendemain, j’ai d’ailleurs reçu en mp  un petit message « sexy kisser » avec un coeur, ça m’a donné quelque indice sur ce qui s’était in fine passé.

Avant de partir, suis passée faire un tour dans les backstages avec cette chère Marie Million. J’y ai retrouvé une faune quelque peu fatiguée, c’est normal, il était déjà si tard, Léonie Pernet faisait salon avec Céline Caillault. Il manquait juste Chill O qui était toujours à New-York. Marie Million est venue me voir pour me dire que j’avais une mèche de cheveux qui sortait, je l’ai remerciée pour cette délicate attention, mais lui ai dit que c’était vraiment difficile de me recoiffer.

Et puis on ne se lasse pas des mêmes fins, ni des mêmes chutes, quand elles sont bonnes. A l’aube,  sur le chemin du retour j’ai croisé Julie La Rule et Audrey Saint Pé, les reines du Batofar. Comme la dernière fois, Audrey m’a offert un shot de wiskey en me disant des mots doux. This is my same happy end.

Publié par cucoandcuca

Transgendered and queer activist /Hacker transgender, performer, détourneur(e) des codes, j'interviens dans les espaces publics les Musées et les dancefloors

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