Fleur de coucou (ou le souvenir des refrains)

Ce samedi 23 janvier, sur le coup de minuit, j’ai décidé de mêler mon anniversaire à celui de la House of Moda, car j’aime beaucoup l’esprit de cette soirée et encore plus Crame, l’un des deux organisateurs. Et en plus, ce soir là, c’était la version Futuristica.

Un taxi s’est arrêté, le chauffeur avait le sourire, il écoutait à fond de la musique caribéenne. Je lui ai dit de me conduire au 51 quai de Jemmapes dans un bar qui s’appelle Le Sésame. Il ne connaissait pas, il m’a demandé si j’allais à une fête. Je lui ai dit que non. Je lui ai demandé s’il n’avait pas peur, il m’a dit que non car j’avais un visage vraiment sympathique. Il semblait très amusé et excité dans le rétroviseur. Il m’a parlé d’un film The Mask. Quand je lui ai dit que je ne connaissais pas, il ne me croyait pas. Il m’a dit que c’était vraiment très connu et que tout le monde connait The Mask. Quand il m’a dit qu’il s’appelait Léonard, je lui ai dit c’est drôle je vais justement retrouver un garçon qui s’appelle Léonard. Il a bien aimé la coïncidence. Quand il a su que je m’appelais Cuco il a trouvé cela original il m’a demandé ce que cela voulait dire. Je lui ai dit que c’était la version espagnole de coucou. L’oiseau qui chante au printemps. Je ne lui ai pas dit que ça signifiait aussi chatte et pénis pour ne pas le choquer. Vous êtes un oiseau rare, un oiseau des îles, et moi je suis un hommes des îles, je viens des Caraïbes. Ses yeux brillaient. C’était magique.  Il m’a dit qu’il avait de la chance de m’avoir rencontré, je lui ai dit que moi aussi. On s’est quittés joyeux, avec la promesse que je raconte notre histoire au deuxième Léonard.

II

J’avais rendez-vous avec Léonard / aka Baleno / au Sésame. Il n’était pas seul. Sa collègue était très gentille avec moi, il l’avait préparé à une visite un peu spéciale. Il m’avait concocté une délicieuse surprise qui m’attendait sur le comptoir.

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Oui, l’incroyable, c’est qu’il y a au Sésame un vin spécial Cuco, qui s’appelle Fleur de coucou et sur l’étiquette, il y a un petit oiseau dans une bulle, à côté de ronds jaunes et roses. Du coup, je lui ai raconté l’histoire du chauffeur Léonard, on a reparlé du coucou et de cuco. Léonard lui aussi ignorait que Cuco signifiait Coucou. Alors je lui ai parlé de cet oiseau qu’il connaissait mal, lui ai raconté pourquoi je l’aimais, à cause de son côté hacker, queer family et immoral : Il dépose son oeuf dans le nid des autres et vole ensuite au dessus du nid pour surveiller. Il abandonne sa descendance à d’autres tout en veillant de loin.  Le petit coucou est tout aussi immoral, car comme il est en général plus gros, il pousse les autres oeufs du nid pour s’y installer. Devenu adulte, et quand arrive le printemps, ce petit squatteur a une particularité merveilleuse : il chante. Quand on tend l’oreille, on découvre qu’il murmure coucou coucou, souvent deux fois, et qu’il est fin compositeur puisqu’il reprend cycliquement ce doux petit refrain. Nous étions heureux de nous retrouver comme des enfants alors j’ai continué de lui raconter des histoires. Des histoires de taxi. La plus glauque est arrivée cet automne, lorsqu’un chauffeur me conduisait au Gibus pour une Jeudi OK. Tout au long de la course il m’a regardé dans le rétroviseur, m’a posé des questions, et a fini par avouer que le latex ça l’excitait vraiment beaucoup. Je jouais un peu le jeu ne sachant pas trop comment diriger la conversation. Quand on est arrivés devant le Gibus il m’a proposé qu’on fasse un petit tour supplémentaire. Il a fermé les portes. Il m’a dit qu’il allait juste tourner non loin. Au lieu de paniquer – j’ai vu très vite les scénarios de films américains où on entend les portes se refermer et le taxi s’éloigner  dans les faubourgs déserts de Brooklyn dans la nuit noire – alors je l’ai regardé façon super bitchy dans le rétroviseur en lui disant que je voulais bien prendre son numéro de téléphone et que je l’appellerai après, mais que là, ce n’était pas possible car j’avais un rendez-vous. J’ai eu de la chance ça a marché. Léonard m’a alors raconté la fois où il avait sucé un chauffeur de taxi, en fin de course, sur la banquette arrière. Après je crois qu’on a changé de sujet de conversation.

A un moment alors qu’il cherchait le nom de la fête indienne très connue que j’avais piratée, où il rêve d’aller avec ses amis indiens, fête incroyablement belle et intense, où j’avais longuement dansé dans les rues, du Métro La Chapelle au Boulevard Magenta.

Il m’a demandé si ce n’était pas la fête de Daesh. C’était si absurde d’imaginer la fête de Daesh piratée par Cuco qu’on a eu un fou rire. Cathartique. Peut-être qu’on a été piratés par le dieu Ganesh pour transfigurer l’horreur et qu’il se rappelle à nos bons souvenirs ?

Comme c’étaient des retrouvailles, mon anniversaire, nous avons aussi discuté du passé, des soirées after ou before avec Léonie et Marie, Géraldine Atger, Chill Okubo, Léa, l’époque du Boulevard Barbès. Cette soirée où Léonard était devenu Baleno à cause d’un sweat où c’était écrit Baleno. Si Baleno signifie bébé baleine alors c’est si cute que ça devait rester. C’est ce qui est arrivé. Néanmoins, Léonard n’est pas que Baleno, Léonard et Léonie, les inséparables, sont restés les deux lion(ne)s adorés de Cuco.

III

Léonard a décidé de m’accompagner à pieds à la Gaîté Lyrique. Sans être sûr d’y aller, il voulait être mon chevalier servant. Arrivés devant il n’a pas résisté. Nous sommes montés. Il y avait la foule. Nous sommes entrés, les agents de sécurité bien briefés par Crame ne m’ont pas embêté, il m’a suffi  à l’entrée de donner mon code secret : Barbarella, pour que les portes magiques s’ouvrent.

A cette soirée, il y avait plein de créatures, de travestis,de transgenres, de pds de gouines c’était vraiment queer. Au son, Mathias Aguayo, Crame, Sophie Morello, avec l’ambiance visuelle de Tomek Jarolim.

Baleno est redevenu Léonard le magnifique qui danse merveilleusement. C’est un des danseurs les plus gracieux que Cuco connaisse.

Non loin des vestiaires, Cuco a croisé un garçon qu’il avait rencontré dans une soirée il y a très longtemps, peut-être en 2012, dans un bar de la rue de Quincampoix, avec qui j’avais fini à l’aube dans une after. Il s’appelait Mustafa surnommé Moustique. J’avais terminé dans son appartement de la rue Doudeauville. J’avais oublié pas mal de détails de cette nuit de dérive, lui n’avait rien oublié. Il m’a notamment rappelé que j’avais conduit masqué et qu’il avait dû se bander les yeux pour qu’il ne voit pas la voiture ni où je me garais. Nous étions vraiment très contents de nous revoir.Léonie entretemps m’annonce que elle aussi a fait des afters avec Moustique aka Mustafa. Quelle coïncidence.

Puis on a rencontré Crame dans le hall. So futuristica. Vêtu d’une combinaison blanche moulante en latex, d’une collerette arc-en-ciel, la touche militante et poétique, sans oublier le collier tuyau. En le regardant se déplacer ainsi dans la Gaîté Lyrique, à plat, sans chaussures, avec sa collerette et sa combi blanche moulante qui mettait en valeur ses fesses potelées, je l’ai trouvé vraiment irrésistible. Nous avons quitté le hall pour aller danser. J’ai rapidement escaladé la scène pour rejoindre Crame et quelques danseu(r)s(e)s, so sweet et so sexy, dont Mathieu Bernardis et Marge Togens Hule. Léonard m’a envoyé ses photos, il y en a justement une de Crame derrière les platines.

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A l’aube, tout le monde dansait encore, il régnait comme dans les meilleures soirées, une atmosphère de défonce, de joie, d’ivresse et d’érotisme. L’esprit de décadence ou de la fête tout simplement. Cuco a aperçu A Aster qui n’est cette fois pas venue vers moi. Et puis j’ai croisé Julia Lanoé que je n’avait pas rencontrée depuis très longtemps, la première fois c’était je crois un soir de Corps Versus machine en 2012 au Social Club où elle mixait avec un ami, soirée au cours de laquelle j’avais rencontré aussi pour la première fois Chassol. Je lui avais chanté doucement au milieu des rythmes techno la mélodie de Russian kids. Petite chanson et vidéo que j’aime beaucoup. Cette fois, c’est à Julia que j’ai chantonné la mélodie de la nuit tombe, j’ai répété le petit refrain La nuit tombe et je ne tombe pas. L’aube se lève et je ne me lève pas. Elle m’a dit Merci Démon de minuit. Je crois que j’ai oublié de lui dire qu’on a failli être sur scène ensemble à Beaubourg lors du si beau concert de Léonie où elles ont joué et chanté ensemble. (Il avait été question que je lise et puis tout était compliqué alors on a renoncé mais on n’a pas dit notre dernier mot bientôt nous imaginerons un petit truc underground…à suivre…). Mais avec Julia on a aussi bientôt rdv sur scène.

C’était une vraie soirée anniversaire, avec la conscience du temps qui passe et des liens que j’ai tissés avec des personnes que je ne vois le plus souvent que la nuit, surtout sur les dancefloors. Est-ce cette fleur de coucou qui a diffusé ses effets tout au long de la soirée, un peu comme la madeleine de Proust ?

Le lendemain, j’ai reçu en cadeau de Léonard ce petit film qu’il a réalisé

Publié par cucoandcuca

Transgendered and queer activist /Hacker transgender, performer, détourneur(e) des codes, j'interviens dans les espaces publics les Musées et les dancefloors

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