Dream Machine : sometimes I feel like shit

Deuxième épisode des chroniques montmartroises

WET FOR ME, ça faisait très longtemps que je n’étais pas allé à une WET FOR ME. Je garde de ces soirées des souvenirs mémorables et des rencontres décisives. Après Les Corps Versus Machine c’est la soirée et la petite team LGBTQI qui m’a accueilli le plus généreusement dès 2012. Je suis revenu cette fois invité par Elora De Beauvoir qui voulait filmer, car elle a un projet de film avec Stéphane Moshé où je jouerais un rôle, i mean mon propre rôle bien sûr. Quand je suis arrivé, j’ai été accueilli très doucement par tout le monde, comme ça fait des années que je viens à la Machine, les gardiens de la Sécurité sont parfois les mêmes et me reconnaissent. Je suis descendu directement à la Chaufferie, j’espérais voir et écouter Teki Latex dont j’aime beaucoup l’énergie. La dernière fois que je l’avais c’était à la Villette enchantée, avec le duo AZF et Naïla. Il était là et j’ai osé la littéralité du piratage : Un shemale de latex dans le dos de Teki Latex. Il ne s’est aperçu de rien pendant très longtemps. L’atmosphère était très ludique. Quand il m’a vu, c’était bien longtemps après, il a dansé un petit peu avec moi. Quelque temps plus tard un garçon m’a demandé si je pouvais l’aider à les faire monter sur scène, lui et sa copine Elodie qui avait des béquilles. J’ai fait acte d’autorité, comme si la scène m’appartenait, présupposant que Teki Latex aurait été vraiment ok. On a alors entamé une danse avec Elodie qui était radieuse. Elle qui ne tient pas debout sans béquilles brave les regards normatifs en sortant la nuit danser sur les dancefloors. Elle m’a dit qu’elle venait très souvent à la Wet For Me. J’ai été saisi par son courage. Le courage de sortir de cette invisibilité forcée à laquelle le handicap assigne trop souvent les personnes qui en souffrent. J’ai été tout à coup interpellé par Margot que je n’avais pas vue depuis le Gibus, où nous avions dansé lors de la soirée Possession. Elle était sans sa soeur cette fois, elle buvait de l’eau et comme elle m’en proposait, j’ai refusé plusieurs fois croyant que c’était de la MD. J’ai parfois terminé dans des états bizarres à force de boire dans tous les verres qu’on me proposait, du coup je me méfie. J’ai encore dansé avec Elodie, puis ai rejoint Margot sur le dancefloor. Après je suis remonté me promener avec Elora De Beauvoir et son ami Anatole avec qui elle sort souvent. Nous avons poursuivi notre conversation d’avant sur l’amour et le Brésil, cette fois avec l’angle romantique :  accepter ou refuser l’absolu de l’amour ? Accepter que l’autre demande trop ? J’ai pensé que lorsqu’on ne demandait rien le risque c’est qu’il ne se passe rien. Mais le son de Teki latex était très fort, alors je ne me souviens pas de tout ce qu’elle disait.

Je suis remonté dans la grande salle et suis allé me percher sur mon promontoire habituel d’où je peux regarder l’ensemble de la soirée, en face de moi il y avait une sorte de bandeau défilant, où régulièrement apparaissaient des termes comme queer, gay…Elora ne m’a pas suivi alors on s’est perdus de vue. J’ai aperçu Margot au loin près du bar, comme elle m’a vu presque en même temps on a dansé ensemble à distance, ouvrant avec nos mouvement reliés à distance un espace très grand, c’était joli d’étirer ainsi l’espace. On évoque souvent la plasticité cérébrale, mais la danse rend elle aussi perceptible la plasticité de l’espace qui peut, selon les liens qu’on entretient dans le mouvement partagé avec l’autre ou les autres, prendre une amplitude différente. D’un coup j’ai suivi une impulsion sauvage. Me rappelant que j’avais un bracelet j’ai décidé d’aller danser sur scène. Sur le chemin, j’ai croisé la belle Mathilde qui était sans son beau Jasmin. Avec Jasmin, on est liés depuis toujours et peut-être un peu pour toujours du coup. Avant, il était celui qui m’accueillait partout où j’allais. Quand on s’était vus pour le réveillon 2011/2012, il avait joué du piano à l’aube après qu’on soit sortis de Chez Moune. Les années ont passé et bientôt Jasmin jouera du piano à l’Eglise Saint Eustache. Save the date : c’est le 16 juin avec Canine. J’ai emprunté le petit escalier sur la droite que je connais bien. Il mène à la scène. J’ai dansé un peu aux rythmes de Anne Halder, avant de remonter dans les backstages où j’ai retrouvé Chloé Ditto. On a discuté politique, manifestations et pâtisserie. Un jour je goûterai ses gâteaux c’est certain. Quand je me suis relevé, il y avait une grande flaque à la place où j’étais assis. J’ai pensé WET FOR ME. Rag est arrivée elle a regardé la flaque puis elle m’a demandé si c’était moi qui avait posé mon cul ici. Oui  c’est l’effet WET FOR ME / c’est ce que je lui ai répondu avant d’aller chercher une petite serviette pour me rassoir au sec et discuter un peu avec elle, qui m’a présenté à sa douce. La soirée était très agréable. Je me sentais safe, dans un environnement non transphobe, ce qui ne va jamais de soi. Juste avant de rejoindre Rag sur scène je suis allé boire de l’eau et j’ai croisé Emilien Gilbert que je vois plutôt d’habitude dans les Flashs Cocottes, il venait de trouver une guitare en plastique. Je lui ai dis que je l’adorais et que ça pourrait vraiment être la mienne. Il a été d’accord pour me la prêter et il a voulu faire une photo.

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Dans les escaliers, j’ai croisé Chaco, le gouin qui a ouvert la soirée, avec lequel j’avais déjà parlé il y a longtemps. Il était adorable.  On a parlé du temps qui passe et de notre amour de la Machine du Moulin Rouge. Il était tout ému de jouer ici car ses premières émotions de fêtes et de nuit d’il y a dix ou quinze ans sont liées à ce lieu. On s’est retrouvés embarqués avec le groupe des Barbieturix qui s’affairait en secret pour préparer une surprise anniversaire à Rag on stage. Lubna était l’organisatrice en chef, elle portait le gâteau avec les bougies dessus. Elles ont attendu que la passation se fasse pour s’avancer. La Machine entière est devenue un immense happy birth day to Rag. Dans des éclats de champagne elle a démarré son set avec une techno bien frappée. Cette fin de  Wet était vraiment crazy, super hot et super queer. Des filles seins nus dansaient à fond. J’ai dansé quelque temps avec Laura, Ann Si, Cassy qui avait un maquillage parfait, mixte de Peaches et de Bowie, Marie Rouge est passée par là et a pris de très  jolies photos.

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Quand je suis parti, il faisait jour. J’ai marché sur le Boulevard de Clichy et j’ai hélé un taxi. Suis tombé sur un chauffeur de très bonne humeur qui m’a demandé comment je m’appelais. Quand je lui ai dit Cuco. Cuco Cuca. Il m’a répondu moi c’est Cuki. Il trouvait cela très amusant et il ne m’a pas pris du tout au sérieux.

Troisième épisode des chroniques Montmartroises

Le 30 avril c’était la grande soirée, exceptionnellement elle était double : Possession + Cocotte Club / Flash. La Possession’crew avait eu la très bonne idée d’inviter Paula Temple.  J’ai découvert cet artiste il y a deux ou trois ans et j’adore son univers aux accents indus et post punk. Originaire de Manchester, celle qui se surnomme la noisician a une approche radicale du son et de la musique. J’aime qu’elle n’ait pas hésité à s’arrêter des années avant de reprendre ses activités autrement. Elle a fondé le label Noise Manifesto, une plateforme pour musique électronique expérimentale. Son engagement est aussi féministe et queer, avec ses remix de Human Drama de Planningtorock ou de The Knife. En arrivant à la machine, je me suis donc de nouveau précipité à la Chaufferie pour l’écouter. J’y ai croisé Naïla chérie qui venait de céder sa place, l’ai recroisée quand elle reprenait les commandes après Paula, elle était épuisée, je crois que c’est elle qui a fait le marathon de la soirée. C’est Naïla l’héroïne en fait.

En bas de l’escalier, juste avant le dancefloor, je suis tombé sur un garçon que je croise souvent, dont j’ai oublié le prénom, je crois qu’il s’appelait Jules. On a commencé à danser comme des fous dans l’escalier de La Chaufferie. C’était super intense. On s’est arrêtés essoufflés en se disant qu’on avait adoré. Quelquefois, c’est bon de se sentir comme un chien fou. J’avais prévu de raconter à Pepi Della Fresca ce que j’avais fait avant de venir, puisqu’il me pose toujours la question mais il ne m’a pas posé la question. Quand je l’ai finalement croisé sur scène dans la grande salle de la Machine il m’a dit qu’il ne me demanderait pas cette fois car il savait qu’avant j’étais avec Paula Temple. Pourtant j’aurais pu lui raconter un after rue des Transmadames avec cocktail de rhum délicieux et pépites d’or ramenées du Chili. A peine inventé. Quand je dansais sur la petite scène derrière Paula Temple j’ai croisé Tchane qui m’a dit que je n’étais pas comme d’habitude. Il avait l’oeil car je badais au moment où il m’a dit ça. J’ai croisé plus tard Stéphane Moshé, mais je ne me sentais toujours pas très bien alors on n’a pas beaucoup parlé. Plus tard, c’était le début de la renaissance, je suis monté sur la scène de la grande salle, en escaladant par les côtés et j’ai dansé avec Pepi derrière les platines. Allongé sur la table, le cul à l’air, comme toujours ou presque, il y avait Thibaut Becherit qui était d’une insolente indolence. J’ai croisé aussi le beau Niz. Et c’est à ce moment là je crois, alors que je dansais, j’ai fait la connaissance des fondateurs du collectif La Horde qui filmaient. Artistes associés de la Possession, ils tournent des films et font des performances.  Ils m’ont demandé s’ils pouvaient me filmer jusqu’aux backstages. J’ai dit d’accord. Peut-être aurais-je dû réfléchir à deux fois avant d’accepter ? Car c’était sans savoir que là-haut j’allais retrouver Clément Giraud mon fiancé d’il y a quatre ans. On a commencé l’interview et Clément est arrivé. Ivre il s’effondrait sur moi. Du coup, je crois que j’ai raconté notre rencontre avec Clément, comme si c’était vraiment très important. Je ne sais si c’est si important ou si c’est parce qu’on décide de parler des choses qu’on leur donne de l’importance et qu’elles en acquièrent alors.  Je ne résiste pas à la petite photo souvenir de la Flash de l’Espace Cardin / prise par Yvette Néliaz aka damepipi.com en 2012. Clément était en tenue de baby. Et puis d’autres rencontres et d’autres photos.

 

Oui nous étions ivres et épuisés et dans mon souvenir Arthur Harel et Jonathan Debrouwer ne l’étaient pas. Je me souviens avoir parlé de piratage de subversion de normes et  du visage masqué, de mon engagement de hacker, du fait que j’avais envie de participer à la nuit debout prochainement pour évoquer le fameux texte de loi interdisant le visage masqué dans les lieux publics, loi datant de 2010 visant en fait subrepticement – mais personne n’a jamais été dupe – à interdire le port du voile. Clément s’est mis à chanter. Il chantait un peu faux. Et surtout, comme un disque rayé, c’était toujours le même refrain. Peut-être que depuis qu’il est avec Ariel – qui d’ailleurs le cherchait pendant ce temps – il subit son influence et a lui aussi des vélléités de devenir chanteur ? Sinon on flirtait, tout heureux de se revoir. Clément m’a traité de bourgeoise parce que ma tenue avait dû coûter une blind. Non seulement le terme était un peu insultant mais le fait qu’il me misgenre m’a un peu blessé. Heureusement le lendemain il s’est excusé sur facebook. A force de flirter comme des ados et de raconter n’importe quoi je me sentais de plus en plus weird et naze, comme quand on va vraiment jusqu’au bout de la nuit et qu’on s’accroche à la vie comme des épaves. Je crois que j’aurais pu chanter I feel like shit le petit refrain d’Ariel, si je l’avais connu, mais je ne l’ai découvert qu’entretemps – refrain d’une chanson qu’il a postée dernièrement et qui sortira dans son prochain album Fallen.

Dehors il faisait grand jour et très beau. Il était vraiment très tard. J’ai marché vers Pigalle puis je suis remonté vers le Sacré Coeur. La lumière de l’aube était incroyable, j’avais l’impression de vivre une ivresse de printemps, une extase urbaine et cosmique. Le square du Sacré Coeur semblait diffuser une lumière paradisiaque. Tout embaumait. Je crois que j’étais sous LSD en fait. Je ne sais pas si c’est possible de sécréter du LSD naturellement. J’ai découvert que ce jardin portait autrefois le nom de Louise Michel, c’est l’occasion de rendre hommage à cette révolutionnaire dite la Vierge Rouge, ça me rachète un peu. Me racheter de m’extasier devant la beauté du Sacré Coeur qui incarne à lui seul la trahison politique. Et puis en ces temps révolutionnaires parisiens, Louise Michel fait figure de proue.

Enfin, je veux aussi rendre hommage à Guss : gros chat roux et dodu de dix ans qui a disparu en février. Ce qui m’a touché c’est que sa ou son propriétaire a écrit sur l’affichette « doit être apeuré ». Guss, j’espère vraiment que tu a retrouvé le chemin de ta maison ou bien que tu as choisi la liberté avec tes amis du jardin du sacré coeur.

Entretemps Pepi Della Fresca vient de m’apprendre que Guss a un ami rebelle, Pierre. Il vient de m’envoyer la fiche. Et ça fait sérieusement pencher la balance du côté de l’Anarchie anti-spéciste. Après tout le pape des anti spécistes, Peter Singer, était contre les animaux domestiques.

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Guss et Pierre ont brisé leurs chaînes. Depuis ils coulent des jours heureux en haut de la butte. Il paraît que parfois on peut les apercevoir à l’aube sur les marches de l’escalier central. Dès que le jour se lève, ils disparaissent.

Last but not least la fin de cette nuit était une épiphanie

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Publié par cucoandcuca

Transgendered and queer activist /Hacker transgender, performer, détourneur(e) des codes, j'interviens dans les espaces publics les Musées et les dancefloors

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