Oiseaux de nuit / Night Birds (4ème épisode Montmartrois)

Le 6 mai, j’ai piraté Hidden Garden, événement du Palais de Tokyo délocalisé dans les jardins escarpés de la Cité des arts de Montmartre, et plus particulièrement l’atelier de Marie Losier. Mon être coucou se réjouissait de faire la connaissance de son être hiboux. Marie travaille dernièrement avec un dresseur d’oiseaux pour un nouveau film et s’est fabriquée pour l’occasion un costume de plumes avec lequel elle performe. Moi je n’ai pas de plumes, je suis un oiseau plus abstrait et secret qui s’immisce provisoirement dans l’univers des autres et fait des tours haut dans le ciel, en se rendant invisible pour surveiller sa progéniture. Quand je chante, rares sont ceux qui m’entendent car je le fais dans des contrées reculées ou très tôt le matin.

Et puis, autre fraternité / sororité d’oiseaux, Marie L vient de réaliser un portrait de Fernando, aka Deborah Krystal, un performer de club à Lisbon club where he has been performing every night over thirty years in golden dresses.

Alternately woman mermaid, female birds, woman lion, we are taken into the desires and dreams of metamorphosis and myths.

Ce soir là il faisait chaud alors je suis sorti dans les rues sans manteau comme j’aime le faire parfois. Arrivé devant l’entrée de la Cité des arts logée en haut de la Butte derrière la place du Tertre, le gardien m’a demandé d’enlever mon masque. Quand je lui ai dit que ça ne serait pas possible, il m’a répondu que pourtant ni je ne me douchais ni je ne dormais avec. C’était un nouvel argument que je n’avais encore jamais entendu. C’était violent d’entendre cela, comme si mon corps de chair était exhibé et jeté en pâture aux inconnu(e)s. Tout à coup j’ai éprouvé la violence des logiques physiologiques de l’identité : parce que ni je ne me lave ni je ne dors avec ma peau de latex je ne peux être qui ou ce que je suis. Cette peau ne peut pas être reconnue comme essentielle à mon être puisqu’elle ne fait supposément pas partie de tous les moments de ma vie. Concurrence des corps, concurrence des conceptions de l’identité personnelle. Cette intervention violente et intrusive était presque intéressante. Le chef de la sécurité est venu, lui non plus n’a pas voulu. J’avais beau dire que je venais souvent au Palais de Tokyo et que tout le monde me connaissait là-bas et m’accueillait chaleureusement, rien n’y faisait. Finalement, après de longues tergiversations, une intervention venue d’en haut est tombée, une femme est venue me dire que finalement il y avait un changement, je pouvais rentrer.

Le jardin fourmillait de monde. Derrière les buissons, au bar de plein air, devant l’écran de projection, dans les ateliers. Direction atelier Marie Losier. Je lui dois d’avoir connu Psychic TV et mon être pandrogyne ne peut que rendre hommage à l’inventeur du concept de pandrogynie, aka Genesis P.Orridge. D’ailleurs ils jouent ce soir à Paris au Petit Bain, j’aurais tant aimé être là.

Dans le petit atelier / chambre de Marie, il y avait beaucoup de monde et sur une table, des photographies de tournage, notamment prises au Mexique. Né à Mexico je me suis évidemment intéressé à ces photos de masques de catcheurs mexicains. Je m’y intéressais aussi comme à mis hermanos. Marie a aussi réalisé un film sur ce sujet. J’ai regardé son costume hiboux suspendu près de la fenêtre, fait quelques pas et pirouettes pour la séduire, on s’est souri. Plus tard on s’est dit quelques mots, elle m’a souhaité la bienvenue. A l’entrée, il y avait une autre petite table où était diffusé son film consacré à Peaches, et derrière, assis sur une chaise, un garçon avec qui j’ai immédiatement sympathisé. Il s’appelait François. Je ne sais comment on a fini par évoquer la possibilité de faire une séance de constellation familiale en plein air. Pendant l’exposition, une musique répétitive passait, c’était celle du film qu’elle est en train de réaliser, c’était tellement sweet. Sweet comme le sourire de Marie, sweet comme l’amour qui soulève le coeur, sweet comme la tiédeur de l’air, sweet comme le son de pluie qui tombait dehors. François m’a dit qu’on se retrouverait plus tard dans le champs d’ortie pour une séance thérapeutique de constellation familiale. Nous étions nombreux à déambuler. Nous avons bu une bière sous la pluie, j’ai aimé éprouver mon être waterproof, nous avons marché dans le jardin, nous nous sommes faufilés parmi les orties, une voix s’élevait dans la nuit, je ne me rappelle plus ce qu’elle disait mais je me rappelle que c’était beau et fort de l’écouter ainsi ensemble sous la pluie. Nous avons emprunté des chemins interdits pour se retrouver en bas où il y avait une projection. Quand j’ai passé la ligne de l’écran, je me suis tourné et j’ai vu apparaître I’m quite dead sur l’écran. Oui c’est vrai, parfois c’est ce que je pense, un mélange de mort et de renaissance, les deux mêlés et liés inextricablement. Elodie Petit a soudainement surgi. C’était heureux comme retrouvailles sous la pluie. Elle m’a dit qu’elle allait travailler avec Pierre Gaignard le réalisateur du film qui commençait. Le film Thug Roi Rendez-vous extraordinaire avec mon frère, est très beau. Composé d’images et de sons trouvées sur le net, c’est un voyage à travers l’histoire du rappeur queer Young Thug. Pierre Gaignard, réalisateur/ narrateur conclut le film en expliquant que « personne ne sait qui est Jeffrey. Il n’est plus un homme ou une femme… Il est Atlanta. »

Je crois que je suis arrivé avec la mélodie de White night de Psychic TV et je suis reparti avec les rythmes de Young Thug. Dans les deux cas j’ai aimé éprouver la puissance salvatrice d’une fratrie queer à réchauffer le coeur et réveiller les morts. Je crois que du côté du cimetière Montmartre, non loin des jardins de la cité, ça dansait

Avec Marie nous nous sommes écrits le lendemain. Moi pour lui dire mon bonheur de l’avoir rencontré et mon admiration pour ce qu’elle réalise et défend, elle m’a répondu my dear Coucou i was so happy you came and somehow after a little wonder about who was this cat in my home it seemed you fited perfectly to my zoo collection as a new animal to welcome… ah ah you remind me of a mix of Feuillade and comtemporary character and what a sexy body ! Piratage mutant réussi : Pour Marie je suis chat autant qu’oiseau. Cette soirée était purely magical, j’entends encore battre mon coeur au son de la pluie. Et je redécouvre aussi l’être oiseau de Genesis, regardez c’est magnifique c’est la première minute du film :https://vimeo.com/76066530

 

Publié par cucoandcuca

Transgendered and queer activist /Hacker transgender, performer, détourneur(e) des codes, j'interviens dans les espaces publics les Musées et les dancefloors

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