Shemale /without / trouble (the end of summertime )

À la fin d’une aventure artistique ou de n’importe quelle aventure collective on remercie ceux et celles qui nous ont permis de faire ce qu’on a fait ou d’être qui on est et d’exprimer cette gratitude nous rend souvent heureux/ses. Je ne pense pas être à la fin de mon aventure ni de ma vie au contraire I feel so exciting car je viens d’entamer une vie nouvelle à Barcelone la semaine dernière et je prévois de partir en 2017 dans plusieurs pays d’Amérique du Sud notamment au Pérou et au Chili, à la rencontre des communautés trans et autres minoritaires. Mais puisqu’on ne choisit pas forcément le jour de notre fin et que dernièrement Jasmin De Nimbocatin a rêvé que j’étais mort et en plus m’a écrit pour le dire / Merci Jasmin / et même si Charlotte Bayer-Broc a dit après que ma mort n’était pas imaginable ni ce que j’ai créé avec car c’est une forme de vie et un flux de désir / Merci Charlotte / disons que je profite de cette date du 21 septembre 2016 pour faire mes adieux à l’été. This is the end of summertime. The end of summercats. Merci Molly Nillsson. Merci summercat. A l’automne les chats de l’été comme les oiseaux migrateurs vont chercher le soleil ailleurs et partent vers des contrées plus chaudes, alors on garde le souvenir des heures dorées qu’on se remémore le coeur serré et avec gratitude aussi.
J’ai envie de remercier tous les queer night peaple de l’été / Ceux et celles qui ont ouvert les clubs et les dancefloors LGBTQI qui permettent aux shemale d’être free et safe. Et qui y veillent. Merci aux vigiles. Les vrai(e)s. Pas les gardiens de l’ordre. Les vigiles on en a besoin. Comme on a besoin des lucioles qu’on aime découvrir l’été sur les talus. Les lucioles dont parle Huberman dans un joli petit texte au titre éponyme. On dira ce qu’on veut sur les méfaits des replis communautaires et la nécessité bienpensante de mêler nos êtres nos identités jusqu’à créer des flyers Benetton multi sigles multi drapeaux moi je veux juste redire ma joie que certaines soirées communautaires existent où je peux être et peux être safe, comme la Shemale Trouble la FlashCucotte la Trou aux Bi/T/ches la Wet For Me la Culottée la House Of Moda la Jeudi Ok  la Jeudi Minuit La Possession la Klepto ou Les amours alternatives. Ma gratitude va à toutes les personnes qui font en sorte qu’il y ait des espaces temps non transphobes non homophobes et non stigmatisants pour les minorités quelles qu’elles soient. Parce que c’est juste important et politique aujourd’hui de s’en soucier. L’assassinat de Hande Kader le 8 août dernier a été un des électrochocs de l’été car Hande Kader était non seulement une engagée courageuse trans et pour la cause LgbtQI mais en plus son assassinat a révélé au monde entier qu’il y avait déjà eu des milliers d’assassinats de transgenres en Turquie.
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Crimes impunis bien sûr comme le sont en France les crimes racistes commis par des policiers. Il y a eu heureusement de grandes manifestations en Turquie et partout dans le monde. Pas à Paris à ma connaissance. Pour nous ce n’était pas Hande Kader mais Adama Traoré l’un de nos martyrs nationaux de l’été.
Oui le vent tourne et la France et l’Europe toute entière deviennent des parcs irrespirables, une Europe qui n’est pas seulement islamophobe mais aussi de plus en plus conservatrice et raciste. La gerbe. Finalement les positions idéologiques de l’extrémiste norvégien Anders Breivik qui a assassiné en 2011 plus de soixante dix très jeunes militants socialistes sur l’île d’Utoya sont devenues des pensées partageables : une pensée fasciste de la whiteness anti islamophobe anti féministe anti queer et chrétienne. D’ailleurs ça tombe bien il va créer un parti. Il y a des années on était médusé·e·s et choqué·e·s par l’interminable mur érigé à la frontière du Mexique puis plus tard par le mur dressé par les israéliens pour se séparer de la Palestine et pouvoir mieux la coloniser, puis tout récemment par les barbelés en Hongrie en haut desquels des policiers armés ont été autorisés à tirer sur les migrants qui oseraient braver l’interdiction de passer. Oui il y a encore peu de temps on parlait de cela comme d’une réalité horrible et lointaine, on se disait que quand même nous ça n’était pas pareil c’était un seuil que nous n’avions pas atteint. C’est désormais chose faite. On construit un mur à Calais. On gaze les manifestants pacifiques et on construit un mur à Calais pour empêcher les migrants de circuler. 2016 ne sera pas l’année du terrorisme en France mais la consécration du fascisme et le triomphe du complexe militaro-industriel français. État d’urgence donc mais pas celui qu’on nous impose. Alors merci à tous ceux et toutes celles qui luttent. C’est pour ça que je suis allé à la manifestation ce printemps devant l’assemblée en sachant que je risquais d’être gazé et interpellé. Lucha Libre. Je sais que je ne suis qu’un modeste activiste queer; en creux, dès que je sors quelque part je lutte dès que je mets le pieds dehors, sans rien faire, avant même d’ouvrir la bouche ou de faire quelque chose, rien qu’en existant et en marchant dans l’espace public je suis passible de recevoir une amende ou d’être contraint d’effectuer un service citoyen. Alors je suis conscient que ces associations et ces espaces queer me permettent d’exister pour me laisser être et make me feel secure. Et pour revenir à la transphobie de l’été et à la célébration des lieux safe, je pense à ma copine de dancefloor Raya qui a été virée du Nuba le 23 août. Virée parce que transgenre. Sa plainte a été diffusée et entendue. Merci Raya. Alors même si ça paraît dérisoire – au vue des urgences des combats à mener partout, oui ça paraît dérisoire de penser à danser à boire et à se droguer librement, quoique pour le dernier point ça libèrerait beaucoup de places en prison si on légalisait la consommation puisqu’on parle d’en créer de nouvelles, eh bien tant pis je surmonte ma honte car j’y tiens beaucoup et je remercie aussi ceux et celles qui luttent pour garantir qu’on soit safe à l’entrée des clubs dans les toilettes sur les dancefloors au bar aux vestiaires dehors à la sortie. Merci pour le care. Merci à ceux et à celles qui comme Amine à la Flash font attention, car cette attention ça change tout aux ambiances et à la possibilité de nos co-existences pacifiques. Attention à qui s’occupe de la sécurité à comment on parle à comment on s’adresse à comment et à qui on ouvre l’accès à la soirée.
Organiser une soirée ça peut signifier être – ou faire de la – politique. À condition de s’y impliquer et de le penser. Et de faire attention. Il m’est arrivé d’être maltraité dans des soirées pourtant organisées par des personnes que j’aime beaucoup et qui, je crois, partagent ma vision. À la Possession qui avait lieu en plein air à deux pas du périphérique, alors que mes talons métalliques s’enfonçaient dans le sable et que je regardais autour de moi, j’ai eu parfois peur. Peur des regards posés sur moi. Des gestes. Me suis réfugié à l’intérieur, mais ce qui m’attendait était pire. Je ne compte plus le nombre de mains au cul ni des mains m’agrippant le visage jusqu’à manquer de m’arracher la tête. Je ne m’attarderai pas à décrire la violence implicite de tels gestes d’appropriation de mon corps sans mon consentement et sans jeu. Et ce que pensent certains c’est que je le cherche bien, comme certains pensent des femmes qui se font violer qu’elles l’ont cherché, qu’elles n’avaient qu’à pas se balader comme ça, eh bien moi ce que les personnes qui osent de tels gestes pensent quand je me rebelle c’est que je ne peux tout de même pas m’étonner que je n’ai qu’à pas me déguiser comme ça. Anyway c’était une version de La Possession estivale en mode plage emplie d’hétéros et d’hétéras parfois brutaux et brutales, mais heureusement il y avait aussi des personnes douces, amies et aimantes à mes côtés, et surtout, par rapport à ce que je viens de dire plus haut, à l’entrée il y avait Chärly-nelly Adäms et que ça soit Elle qui soit à l’entrée ça change tout. Politiquement et Esthétiquement. Chärly est venue nous rejoindre sur le dancefloor et elle m’a glissé quelques mots doux. Et que ce soit Elle qui travaille à l’entrée, eh bien ça change tout pour la visibilité trans mais pas seulement. Avec Chärly on se connait depuis longtemps, depuis 2012 à la Machine du Moulin Rouge, alors quand elle est venue danser avec moi on a plaisanté sur les attitudes transphobes, elle savait déjà tout ce qu’on m’avait fait et tout ce qu’on m’avait dit, et rien que ça, avoir une complice, ça change tout. Les personnes qui l’organisent ou qui y sont associées sont bien conscientes de ces risques et soucieuses que cela n’arrive pas, je connais bien Parfait, aka Naïla Guiguet, ou encore Mathilda Von Mens, nous nous aimons et nous estimons je crois, j’ai eu l’occasion de rencontrer des artistes associés à cette soirée qui étaient vraiment adorables dont Arthur Harel, Marine et Jonathan du collectif La Horde. En plus en dehors de ces personnes supers qui l’organisent, la Possession c’est la soirée où tu peux débarquer à l’aube et danser jusque midi. Alors je lance une idée, comme vendredi c’est la shemale qui finit à l’aube, eh bien on peut aller au Gibus après boire un jus d’orange pressé. Dixit Naïla Guiguet aka Parfait. Mettre un peu de queerness sur le dancefloor.
Un mois avant l’assassinat de Hande Kader jour pour jour c’était la Shemale trouble au Klub. Le 8 juillet. Une identité c’est aussi un nom et mon acte identitaire en 2011 a été d’écrire un petit manifesto Who is Cuco ? où j’ai notamment écrit je suis un(e) shemale de latex, en lien et en hommage à Genesis P Orridge et à son concept de pandrogynie. Alors fréquenter une soirée qui porte le nom de Shemale Trouble c’est un peu comme aller dans mon terrier, ça sonne comme un lieu safe où je peux me mettre en boule, m’allonger et ronronner, ou bien offrir mon cul en mode witchy bitchy en toute sécurité à Dora Diamant avec laquelle j’ai justement parlé de Psychic TV et de Genesis P.Orridge la première fois qu’on s’est parlé.e.s et elle m’a dit oui bien sûr tu sais j’ai eu des parents punk – cette main, j’avoue ça m’a complètement échappé, j’avais vraiment oublié, je m’en suis souvenu quand Naelle Dariya a publié cette photo la semaine dernière, soudain ça m’est revenu, ça m’est revenu jusqu’à la sensation de la main de Dora sur ma hanche, c’est drôle la mémoire.
Shemales Cuco et Dora
Ce 8 juillet l’atmosphère était dingue au Klub, car Dora était aux manettes et elle a mis le feu. C’était punk et wild comme elle est et comme on l’aime. Avec Dora on s’est croisé.e.s la première fois Chez Moune début 2012 au temps de Guido Minisky quand il ne sévissait pas encore avec Acid Arab, le temps des soirées Corps Versus Machine et des Travlators à leurs débuts, avec Esmée Clara Helena et Tabata, dans un troquet non loin de la Chope de Château Rouge, un lieu aujourd’hui disparu. À la Shemale elle a foutu le feu et on dansait comme des folles. Je me souviens avoir aimé danser avec un garçon qui portait des hautes bottes noires en vinyl avec un bermuda crème. On dansait bien et on était bien ensemble, il était doux et libre. On ne s’était jamais vus. Alors quand je l’ai recroisé dans les escaliers je lui ai demandé comment il s’appelait. Il m’a dit Nino et puis il m’a demandé à son tour et là il m’a dit oh c’est toi Cuco j’ai beaucoup entendu parlé de toi, ça m’a plu de découvrir cette connexion et aussi qu’il me connaissait sans me reconnaître, ça m’a touché au coeur tiens d’ailleurs on le voit sur la photo avec ses bottes son tee-shirt rouge et son bermuda il a l’air incroyablement heureux et puis on ressent aussi l’atmosphère free et wild qui régnait ce soir là. Tellement frais et queer.
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J’ai croisé  Naelle, la reine des shemale qui m’a adorablement accueilli et puis Raya et puis Pepi et puis Dustin et puis plein d’inconnu(e)s dont j’ignore le nom et puis Sonia, Sonia Deville que j’avais rencontrée au concert de Molly à la Trou, je l’aime bien elle est douce et elle a un peu la même peau que moi parfois et à propos de peau j’ai retrouvé Arthur Avellano qui m’aide à la sauver. Arthur est un des seuls créateurs de latex à Paris. Très doué et de plus lié aux transgenres. Sa collection est magnifique et grâce à lui, plein de choses s’arrangent pour moi. Il est même question qu’on travaille ensemble sur la conception d’un manteau original pour l’hiver. En latex. Evidemment. Mais doublé à l’intérieur.
Au sous-sol, Anne Pauly était derrière les platines, j’ai rencontré Sam qui est vraiment tellement cool avec moi et tellement sexy aussi. On a beaucoup dansé il a une énergie géniale et il me laisse une place à ses côtés comme je suis quand on se voit. J’ai soudain peur de le misgenrer. Last but not least j’étais heureux de revoir Bubba Bruxa, maintenant Kira, que j’avais rencontrée aux Beaux-arts de Paris en mai lors du piratage de la nuit des Musées et de l’installation d’Hélène. On avait marché après tous ensemble dans la rue le long des quais de la Seine, avec Margot et Tatoo Rykiel aka Gaël, c’était la grande classe. Quand un type m’a collé d’un peu trop près ils étaient en mode warrior. Bref j’ai revu Bubba Bruxa qui dansait trop bien. Cette soirée est magique, et ce qui est bien c’est qu’il y en a une vendredi. Demain ! Avec AZF en plus ! dont l’énergie techno brute bien frappée, que j’ai découverte avec les soirées Corps Versus Machine en 2011, me manque. Sinon le kilt de Dora me fait penser à celui de Stéphane avec lequel j’ai souvent dansé aux Flashs Cocottes. Stéphane vit maintenant à Barcelone alors on ne se voit plus beaucoup. C’était à l’Espace Cardin. Début 2013 je crois. Je la publie parce qu’elle aurait pu faire partie de la longue série des photos queer après Orlando, et je me demande si ce n’est pas le talent de Yann Morisson qui a oeuvré.
La Flash n’a plus lieu à l’Espace Cardin mais désormais au Cabaret Sauvage. Je ne connais pas encore, j’ai hâte. La dernière Flash à laquelle j’ai participé c’était sur la Péniche atlantique où je n’étais jamais venu. Niz a pris de trop belles photos, en mixant, ou avant, ou après / j’adore les photos de Niz / quand je dansais avec ce garçon au chapeau rouge, dont hélas je ne connais pas le prénom.
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Devant nous, performait Fritz Helder. J’adorais son énergie, sa crazyness sa queerness. A côté c’est Thibaut Algis avec lequel j’ai beaucoup dansé.
Ce soir là j’ai passé du temps sur la terrasse avec Dustin qui avait des cheveux rouges et portait une jolie robe, c’était doux entre nous on n’avait pas pris ce temps ensemble depuis longtemps, on a parlé d’habit, de latex, d’ornements et de ma peau. Du fait que j’ai ce soir là, et pour la première fois avec une eux, une extension. Mon casque cornu. Lui il aimait beaucoup cet ajout. Et puis Pepi chéri est arrivé, il m’a proposé un verre au bar on a parlé d’habiter en banlieue d’habiter à Paris d’habiter à Marseille d’habiter dans le dix-huitième, finalement on a parlé de l’inside et de l’outside de nos vies. On est souvent des in between sans le savoir. Moi je suis obligé de le savoir. Stéphane Moshé est arrivé il m’a présenté comme sa fiancée. Avec toutes les soirées toutes catastrophes et tous les ratages qu’on a vécu.e.s ensemble avec Stéphane lors de nos tournages improvisés ou préparés c’est vraiment toujours doux entre nous. Et puis d’ailleurs j’ai assisté à un autre ratage, c’était vraiment drôle, il s’est embrouillé avec un garçon qui lui a dit comment il s’appelait, Jason, Stéphane a souligné la bizarrerie ou l’originalité de ce prénom, l’autre s’est rebiffé en lui soulignant son inculture. Non loin il y avait Arthur Avellano. On a parlé de nos projets. Et puis je me suis fait attraper par un groupe de trans, dont l’un latino américain qui était vraiment adorable et qui me soutenait qu’il s’appelait presque comme moi. C’était un peu weird. En tous cas, la Flash est la soirée et le lieu que je fréquente depuis 4 ans, où j’ai toujours été protégé où je n’ai jamais assisté à de la maltraitance, je n’ignore pas qu’il peut y en avoir, car des formes de discriminations existent, mais c’est un espace-temps globalement très safe et souvent love.
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Je l’aime bien cette photo pour son côté cosmique et transspéciste. Mes cornes semblent être des arrêtes ou des baguettes magiques. C’était au Rex en juin, où Mercredi Production organisait une soirée et il se trouve qu’Audrey SainPé y travaillait, avec Audrey on s’est connu.e.s au Batofar en 2012 quand elle y travaillait, on s’aime bien, elle m’a toujours respecté, et puis quand on se croisait à l’aube à la Machine du moulin Rouge en 2012, elle m’offrait toujours un petit shot au comptoir / Bref Audrey c’est la générosité  et la liberté de pensée incarnée, et puis elle est devenue entretemps une activiste de la nuit à La Folie où elle fait des trucs supers. Sur le dancefloor il y avait des amis  il y avait Amine il y avait Andres Medrano, trop beaux toutes et tous, j’ai croisé aussi Anne Claire adorable et ivre qui avait tenté ce soir là, en vain, de noyer son chagrin d’amour, lucky her Amine so sweet for ever as usual  l’accompagnait, et puis j’étais très fatigué alors je me suis adossé contre le mur et j’ai longuement parlé avec Janet Sabichou que je n’avais pas vu depuis très longtemps. Jean écrit des lettres dans un style anachronique, je l’ai baptisé il y a longtemps l’Antoine Doisnel de la night, il est parti à Berlin travailler dans un hôtel, on avait pour projet de s’y retrouver, moi de squatter en secret une chambre, grâce à lui qui aurait volé des clefs. Un piratage d’hôtel, je n’ai pas encore fait, c’est assez excitant et puis je voulais effacer le mauvais souvenir de Berlin où je m’étais fait renverser par un cycliste à la sortie du Berghain, ce qui peut sembler drôle comme histoire s’était transformé en cauchemar parce que le cycliste roulait très très vite, car c’était une course cycliste, il ne s’est pas arrêté, je me suis presque évanoui sur le bitume, et pour la première fois j’ai vu mon sang couler sur ma peau de latex, ça ressemblait à un film d’horreur, du coup je voulais piraCter le concept de résilience de Boris Cirulnik que je n’ai jamais trop aimé – encore moins maintenant en me relisant en 2020 en plein confinement et « opération résilience » – en refaisant avec Jean le même chemin de sortie du Berghain, mais sans me faire renverser, bref Jean est revenu à Paris avant que j’y aille, nous avons beaucoup parlé et j’ai appris que de toute façon il n’était pas sorti à Berlin, car c’était pour lui une autre vie et qu’il avait envie de sortir de ce monde superficiel de la nuit. Mais peut-être était-ce sous l’effet d’une prise excessive de drogue qu’il a tenu ces propos désabusés ?
Enfin, hommage à la dernière soirée où je suis allé. La Wet For Me. C’était le samedi 10 septembre, je revenais de Barcelone, ville où je me suis senti tellement libre ! J’ai traversé la ville à pieds et de jour, suis allé à la plage de la Barceloneta où j’ai pris une douche devant les regards médusés des plagistes, puis je suis remonté à pieds dégoulinant et séchant en passant par les vieux quartiers et les Ramblas, jusqu’au Macba, la façon de me considérer était incroyable : Même des personnes âgées à qui j’ai demandé mon chemin me répondaient avec beaucoup de gentillesse. Je n’ai subi aucune remarque. Aucune moquerie. Quand j’ai été interpellé, c’était pour m’exprimer de l’admiration ou de la curiosité douce. J’ai été traité autant au féminin qu’au masculin. J’ai marché longtemps, j’étais en nage, il faisait vraiment trop chaud pour moi, je n’avais pas prévu que l’été dure longtemps là-bas. Je me suis fait refouler au MACBA.  J’aurais aimé pirater l’exposition Punk parce que ça ne se fait pas de muséaliser le punk. Kathy Acker le disait déjà en 1979 années où elle a quitté New York pour Londres en disant que le punk était mort. Désolée but fuck you le MACBA et son affiche  P U N K mais le punk c’est moi c’est nous qui osons et ça se passe pas dans les Musés c’est ici et maintenant : Dans les rues les dancefloors les ateliers les lits les barricades. Au croisement des ramblas en repartant j’ai croisé un photographe qui m’a demandé s’il pouvait me prendre en photo, c’était Patricio Salinas, un photographe chilien installé à Stockolm. Je venais de m’asperger d’eau fraîche à la fontaine tellement il faisait chaud. C’était une jolie rencontre. Je la prends comme porte bonheur. Nous sommes restés en contact depuis, si j’arrive à partir au Pérou et au Chili, nous avons prévu de nous retrouver là-bas, car il y est pour plusieurs mois.
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Le soir je suis presque arrivé en parlant espagnol au Cabaret Sauvage complètement déphasé. J’ai traversé tout le parc de la Villette en me demandant si j’allais me faire agresser dans le noir. Puis j’ai décidé et espéré que non. Je suis passé par les petits chemins de traverse. L’espace de jeux, les sous-bois après la Géode, c’était presque onirique, et je me sentais free et powerful, peut-être parce que j’étais en pleine montée. Il était tard. Rag m’a gentiment accueilli en me disant que quand même j’arrivais tard. Je lui ai dit pas trop tard pour toi tu n’as pas encore mixé. Et puis en plus c’était tellement bien que je suis resté longtemps jusqu’à ce que la lumière se rallume. C’est une des Wets les plus chouettes et queers à laquelle j’ai participé. Maud Geffray, l’un des deux membres du binôme Scratch Massive a foutu le feu. Son set était long et beau. J’ai retrouvé des ami(e)ss très cher(e)s que je n’avais pas vu(e)s depuis longtemps : Chill Okubo qui vient de terminer son premier film Moippen Mama, Léonie Pernet qui prépare une surprise pour très vite, Mathilde Pailleten sweetie avec laquelle j’ai beaucoup dansé, Alice Davallan, Jasmin De Nimbocatin, qui a recouvré ses bonnes habitudes, je crois qu’il voulait se faire pardonner d’avoir rêvé ma mort et de me l’avoir en plus annoncé, il m’a protégé des relou(e)s qui se sont jetées sur moi pour me prendre en photo sans me demander si j’en avais envie, et d’un coup il est redevenu mon protecteur comme avant. Jasmin ou yasminou for ever. En plus il m’a présenté ses amies trans, Claire et Louise, ils ont alors décrété qu’on était les plus queer de la soirée. C’est vrai que notre coin était wild et hot. Mais ça l’était déjà avant qu’ils arrivent.
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Seulement en partie vrai donc, parce qu’en fait avant on dansait avec Marie Camberbec et Elodie. Marie est venue me parler et on a poursuivi la conversation longtemps. On a dansé tous(te)s les trois avec Élodie. Élodie c’est l’étoile secrète de mes/nos nuits. Je l’ai rencontrée à la Machine du Moulin Rouge sur le set de Teki latex. C’était à une wetforme. Je l’ai aidée à monter sur scène et j’ai découvert qu’on pouvait très bien danser avec des béquilles. Je l’ai revue. Elle m’impressionne. Le courage d’être soi. Le queer. La lutte intersectionnelle. Elle l’incarne plus que nous. Je me suis adapté à son rythme et sa gestuelle pour danser comme avec n’importe qui, sauf que là il faut prendre en compte les béquilles qui sont comme un corps prothésique, elle s’en sert pour marcher mais aussi pour danser, c’était tellement bien. Tellement joyeux. J’ai trouvé un autoportrait qu’elle a réalisé d’elle-même. Si beau. Si classe. J’ai croisé Sam rencontré à la Shemale.  S/he was so wild and sweet with me. Plusieurs personnes sont venues me voir pour me dire qu’elles étaient heureuses de me rencontrer que je sois parmi eux elles que j’existe avec l’envie de danser avec moi sans rien me demander d’indiscret. L’une m’a dit qu’elle n’avait pas rencontré une personne aussi originale depuis les années 90 à Rennes, c’était drôle et précis, ça me donné d’ailleurs envie d’en savoir plus. Je lui ai demandé si c’était pas l’équipe des béruriers noirs qu’elle avait vu. Mais non ce n’était pas ça. Mystère…
downloadQuand on  a quitté le cabaret sauvage avec Marie et Élodie, à la sortie il y avait les vigiles devant leur camionnette blanche, pas les vigiles dont je rêve mais des agents de sécurité de la vie réelle. J’ai demandé s’ils pouvaient raccompagner notre amie Elodie jusqu’au métro, car elle avait des béquilles et le métro c’est très loin. L’un m’a dit non. Sans que cela ne lui pose aucun problème de conscience. L’autre m’a dit non, mais en s’excusant disant qu’il ne pouvait pas. Alors a commencé le long périple vers le métro Porte de Pantin. On a marché on a parlé, arrivé(e)s en bas du premier l’escalier on a vu que l’ascenseur pour accéder au pont était en panne, il y a avait des dizaines et des dizaines de marche, nous avancions tout doucement, un garçon a proposé à Elodie de la porter sur son dos, elle a accepté avec le sourire. En bas du pont il fallait traverser tout le parc, passer devant la Grande Halle puis devant la Cité de la Musique. On a mis pas loin de 45 minutes pour arriver au métro. Pendant ce temps on parlait de l’injustice, car on a vu passer plusieurs fois les vigiles, et puis aussi du handicap, qu’est-ce que c’était de le nommer le dire l’accepter. Élodie est admirable pour cela, dans son aisance à accepter sa vulnérabilité sans se victimiser. Et c’était chouette de parler politique avec Marie, ou de ce que c’est que l’absence de conscience politique. Arriver en haut des marches du métro un autre garçon qui était à côté a demandé si on avait besoin d’aide j’ai dit que oui. Il a porté Elodie jusqu’en bas. Nous avons attendu le métro nous étions tous les 4 plutôt heureux(ses) et exsangues.
Je profite de cette mini tribune pour vous interpeller tous, surtout ceux et celles qui organisent des soirées au Cabaret sauvage : Rag, Anne-Claire, Niz, Pepi, Naila, Naelle, mobilisez-vous pour rendre vos soirées accessibles à Elodie, mais aussi à n’importe quelle personne en béquille ou en fauteuil qui souhaite venir. Allez voir les personnes qui s’occupent du Cabaret Sauvage et expliquez leur la situation, exigez qu’une navette soit mise en place pour des personnes ayant des difficultés à marcher, ou au moins vérifiez avant vos soirées que l’ascenseur n’est pas en panne. Il y a des services d’hygiène et de sécurité. Et des syndicats. Si nous ne sommes pas capables de faire ça, alors le queer et toutes nos luttes ou revendications queer sont creuses. L’intersectionnalité des luttes ça doit juste servir à briser l’entre soi et l’entregent et à nous rendre capables, ensemble et seul(e)s à faire attention.
Je suis descendu à Jaurès, elles ont continué jusque la place d’Italie. Tandis que je marchais dans la rue, un bar de nuit, le Love Bar & Hôtel, était encore allumé, trois garçons m’ont interpellé. Ils m’ont invité à boire un verre. J’ai dit ok je veux bien un jus d’ananas, j’étais tellement épuisé. Ils ont commencé à me mitrailler de questions, surtout l’un d’entre eux qui ne comprenait pas et surtout ne supportait pas de ne pas comprendre. Pourquoi ma tenue pourquoi mon masque pourquoi pourquoi. A chaque fois que je parlais ce n’était pas assez. C’était un mélange de gentillesse et de persécution surtout quand il a voulu que je lui raconte ma vie sexuelle. J’ai fini par m’entendre avec Julien qui a voulu prendre une photo et me l’envoyer. J’ai expliqué pendant de très très longues minutes la différence entre transgenre et transsexuel car aucun ne connaissait. Julien a fini par avoir envie d’aller à la Flash. Oui en me couchant ce matin là, j’ai pensé que sortir et être moi-même signifiait parfois faire de l’activisme de terrain.

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Publié par cucoandcuca

Transgendered and queer activist /Hacker transgender, performer, détourneur(e) des codes, j'interviens dans les espaces publics les Musées et les dancefloors

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