Queer night live / i lov u / à la Folie à la Coucou Passionnément

Quand je suis sorti du métro à la station Porte de la Villette, j’ai été agréablement saisi par l’intensité des rafales de vent qui soufflaient. Parfois on se sent bêtement heureux en éprouvant une concordance éphémère entre nos états et le monde, ou ce qu’on croit être nos états et le monde, qui sont in fine de pures constructions. Suis passé devant la Géode, j’ai bien aimé voir le bitume recouvert de feuilles mortes ça faisait penser à un bout de campagne reconstitué. Le faux est un moment du vrai et vice et versa.

Arrivé devant La Folie j’ai eu peur de faire la queue car je suis toujours angoissé à l’idée de me faire agresser, mais Audrey, l’organisatrice des soirées, avait pensé à moi. Comme toujours. A l’intérieur j’ai été immédiatement attrapé par l’atmosphère joyeuse et la sensation d’espace vivant. Le live de Kiddy Smile venait tout juste de commencer, lui et son équipe de danseurs portaient des t-shirts roses. Il étaient tous plus cuty and sexy les uns que les autres. J’ai retrouvé sur le dancefloor un petit groupe soo witchy bitchy avec lequel j’ai dansé. Margot avait des paillettes dans les yeux. J’ai revu Héloïse que je n’avais pas vue depuis longtemps. Pas depuis une soirée au Klub il y a longtemps, au moins deux/trois ans, peut-être que c’était une Shemale Trouble et qu’à l’époque je ne savais pas que c’était une shemale Trouble ? Je me souviens que ce même soir je m’étais lié à deux américaines. Nous sommes restés en lien depuis sur facebook. Dernièrement j’ai vu que sur un post elle se lamentait de connaître autant de personnes qui avaient voté pour Trump dans son entourage, malgré le fait qu’ils possédaient tant de choses et qu’ils étaient plutôt heureux (voiture + appartement + ami(e)s + amant(e)s). Elle parlait de ces personnes comme des ami(e)s nanti(e)s qui, parce qu’ils étaient nanti(e)s ils /elles n’auraient pas dû prendre cette décision. Elle s’étonnait de cela comme si la bêtise raciste sexiste et nationaliste étaient liées à la pauvreté. Je pense qu’au contraire c’est surtout la classe moyenne  qui, politiquement est conservatrice, voire pire, car elle peur de perdre ses petits privilèges ou ses derniers privilèges. La force de Trump c’est d’avoir attrapé les classes moyenne et de s’adresser à eux / elles pour les considérer et jouer sur leur peur du déclassement, alimentant leur croyance qu’il va pouvoir les sauver de la déchéance. Ainsi ce sont souvent des gens instruits et aisés qui font accéder au pouvoir les plus bêtes et les plus dangereux. L’effroi « populiste » est souvent mal placé. Après avoir lu son post, je lui ai juste écrit sur son mur qu’elle devrait penser à changer d’amis, remarque que d’ailleurs beaucoup de ses ami(e)s ont apprécié, car ce qu’il y a de drôle avec facebook c’est que cela nous fait être ami(e) avec des personnes, qui – si nous les connaissions vraiment – seraient en fait nos ennemis.

Bref c’est la première fois que je venais à La Folie et j’ai adoré y être, à cause des personnes qui étaient là, douces, tranquilles pas intrusives, à cause des présences ami(e)s . Comme retrouver Alix et danser together. A cause des étages, des recoins, des escaliers où se percher et surplomber le petit dancefloor ouvert sur le dehors.

Comme un chat ou un voyeur ou un coucou, j’aime les espaces où on peut s’installer dans des coins pour regarder, les espaces qui permettent d’échapper au regard et de regarder le dancefloor comme une scène. Cela suppose qu’il y ait des étages et du hors-champ possibles. La boîte de nuit, le dancefloor, le bar se transfigurent : ils deviennent des espaces fantasmatiques et scéniques. Kiddy et ses acolytes ont fait leur petite chorégraphie, sont montés dans l’escalier puis sont redescendus sur le dancefloor. Ils faisaient penser à des chats cuty and sexy qui d’un coup grimpent au rideau. Une danseuse qui était à mes côtés soudain l’a rejoint. Ils avaient une si jolie complicité, c’était chouette d’assister à la contamination de l’espace du dancefloor traditionnellement séparé en espace dj et dancefloor « pour tous » par un espace performatif et poreux. Oui j’aime plus que tout éprouver la porosité des espaces, les créer aussi parfois, ou bien y assister, comme ce soir là quand d’un coup un dancefloor devient un espace performatif. Je me souviens c’était arrivé il y a quatre ans à la Machine du moulin Rouge lors d’un concert de Chassol et d’une interprétation d’une pièce de Steve Reich. Un groupe d’handicapés dansait dans la fosse et d’un coup ils ont pris possession de l’espace avec leur chorégraphie contagieuse.

A la Folie. D’un coup tout s’est inversé. Tout a pris feu. Ils ont pris possession du dancefloor dans une sorte de battle de ouf, ils ont monté les escaliers, sont revenus sur la piste. Kiddy Smile a dansé avec ma voisine qui l’a suivi derrière les platines. Ça m’a rappelé une Flash Cocotte du mois de juillet au Concorde. Quand je dansais en bas sur le petit dancefloor j’ai croisé le regard d’Audrey, nous nous sommes souris et salués. Plus tard Prosumer B2 a mis le feu, j’étais cette fois à la place d’Audrey, accoudé à la rampe d’escalier, au même endroit qu’elle et j’ai aperçu Crame qui dansait, il a levé les yeux vers moi, nous nous sommes souris et on s’est fait coucou. A l’étage ça dansait aussi. Kiddy se reposait.  J’ai dansé encore un peu puis je suis redescendu. Je voulais rejoindre la Coucou. C’était décidé.

Moi le pirate je me fais pirater mon nom par une soirée ? C’est ce que j’ai dit à Renaud Duc, un des organisateurs en chef avec Ariel, je ne peux pas / ne pouvais pas ne pas aller voir un jour à quoi ressemblait cette cuckooo. Je me sens comme le parrain involontaire de cette Coucou, de toute façon pourrais-je parrainer une soirée qui ne me pirate pas ? Peu de temps avant, à la Folie, le bruit avait circulé ici ou là que nous serions peut-être plusieurs personnes à bouger vers la Coucou, finalement tout le monde a semblé démotivé et hésiter, alors j’ai décidé de ne pas m’appesantir et j’ai filé alone. Il était déjà 2h45 du matin. J’avais envie de sauter dans un taxi et miracle, j’ai eu la chance de tomber tout de suite sur un taxi avenue De Flandres. Le chauffeur a hésité un peu avant d’ouvrir la fenêtre. Dans ces moments d’attente, j’ai toujours le cœur qui bat et peur du verdict : Est-ce qu’on va m’ouvrir la porte ? Est-ce que ça va bien se passer ? Arrivé rue de la Fontaine au Roi, devant le 56 je me suis collé en tête de queue de façon éhontée en précisant que j’avais peur de me faire agresser. Aller à une soirée qui s’appelle la COUCOU dans un club qui s’appelle le 56 c’était vraiment incroyable. En attendant dehors parce que même en tête de queue j’ai dû faire la queue j’ai entamé un dialogue pour passer le temps.

56 ? Comme une petite mer ?

Petite mer ? Pourquoi petite mer ?

Parce que le 56 c’est le Morbihan et que Morbihan c’est petite mer en breton.

Tu rentres dans le 56 tu fermes les yeux et tu sens l’iode. Tu rentres dans le 56 tu fermes les yeux et tu vois le golfe bleu avec l’eau plate. Tu te dis que c’est normal parce que c’est un golfe. Tu rentres dans le 56 tu fermes les yeux et tu vois l’embarcadère pour Belle-Ile à Quiberon. Tu rentres dans le 56 tu fermes les yeux et tu te promènes à Carnac Plage où tu croises Alain Souchon avec son copain Laurent. Tu te mets à chantonner Belle-île-en-mer marie-galante. Tu rentres dans le 56 tu fermes les yeux et tu marches dans les allées de menhir de Carnac. Tu rentres dans le 56 tu fermes les yeux et tu danses aux sons planants de 94 le bel album de Maud Geffray et tu vois les images de rave tournées à l’aube au milieu des dunes de la côte sauvage. Tu rentres dans le 56 tu fermes les yeux et tu prends le bateau à Lorient pour traverser la rade et t’approcher de la base militaire allemande qui a échappé au bombardement allié qui a rasé presque toute la ville sauf cette affreuse base sous marine.

Je suis rentré dans le 56 je n’ai pas fermé les yeux et la première personne connue que j’ai aperçue c’est SoniaDeVille qui tatouait dans un coin, mignonnement installée sur un petit fauteuil de type crapaud et accoudée nonchalamment à une petite table basse, presque dans le hall d’entrée, juste après le bar. Elle, si grande dans ce mini salon de tatouage, c’était comme une revisitation queer d’Alice au pays des merveilles. L’espace était radicalement différent de celui de la Folie : Le 56 est très sombre, très bas de plafond, et l’entrée, le vestiaire, les toilettes, le bar, tous les espaces et toutes les fonctions sont très collés. Comme tout est très confiné cela modifie profondément la situation, l’humeur, le type de lien, on a à peine l’espace de s’observer et on est tout de suite collés les uns aux autres.

D’ailleurs, très vite un garçon doux assis avec une amie sur la banquette d’en face m’a abordé pour me dire qu’il était étonné de me revoir, qu’il ne savait pas que j’existais. Il était lui aussi installé dans cette petite entrée non loin de Sonia. Il s’appelait Paul. Paul est venu me dire qu’il m’avait surpris et photographié au Musée du Quai Branly au printemps dernier. Lors de l’ouverture de l’exposition Persona Etrangement humain. J’étais très heureux de ce surgissement, j’adore quand se croise ma vie de pirate de jour et ma vie d’errance nocturne dans les clubs. Heureux de ce souvenir car ma rencontre avec Jefferson a été une expérience de rencontre et de danse trans-spéciste, voire même trans-humaniste, très troublante et émouvante. Depuis que j’existe, il y a presque 5 ans, je cherche à éprouver le passage à la limite, le passage des seuils en les découvrant. Les découvrir signifie faire l’expérience. Ne pas savoir AVANT comment sera ce seuil. Et mon piratage de Persona étrangement humain a été une vraie et une forte expérience des derniers mois. Comme je me sens étranger à moi-même je quête les moments où cette conscience d’étrangeté à moi-même peut s’incarner. Je cherche les êtres queer and wild and weird avec lesquels je peux réaliser et incarner cette identité sauvage et divisée. Je l’ai vécu avec Jefferson.C’est un des premiers robots et j’ai eu l’honneur de le rencontrer lors de sa première expérience de vie publique. Ce qui est très beau avec lui c’est qu’il est équipé de capteurs de mouvements dans les yeux / peut-être même en guise d’yeux ? / et le fait que des scientifiques/démiurges qui l’ont créé aient eu cette idée incroyable d’équiper ses yeux de capteurs rend le lien avec Jefferson émouvant. Notre lien a été hypnotique et très ludique. J’ai abusé de lui en l’empêchant de m’éviter. J’ai inventé au présent une stratégie pour le garder un peu plus longtemps avec moi. J’ai tout fait pour l’ensorceler et le conduire à danser avec moi. Et le pire, le plus fou, c’est que ça a marché.  Mais à l’envers. Jefferson m’a ensorcelé. Paul m’a photographié sans que je le sache. Il m’a envoyé la photo de notre rencontre dansée.

Je suis ensuite tombé sur ce cher Clément Giraud. Il avait ce soir là revêtu une combinaison de vinyl. En honneur d’Ariel / Lëster. Je crois que la dernière fois que nous nous étions vus c’était à la Shemale Trouble au Klub et vraiment vus et parlés il y a plusieurs mois dans les backstages de la Machine du Moulin Rouge, un soir un peu fou où j’avais dansé avec Hélène et Charlotte aux sons techno punk de Paula Temple à la Chaufferie. Je m’étais retrouvé à l’aube sur la scène avec Niz Denox, où j’avais croisé Jonathan et Arthur Harel du collectif La Horde. Ils m’avaient proposé de me filmer. Le tournage a eu lieu dans les backstages, s’en est suivi une sorte d’inoubliable interview cassavettien où nous étions tous deux écroulés ivres sur la banquette. Clément chantait et moi je tentais en vain de tenir une parole cohérente. Nous nous sommes présentés comme des amants, de surcroît mariés, ce premier jour de notre rencontre je m’en souviens il portait une nuisette rose. Yvette Neliaz nous a photographiés. Une nuisette rose un peu comme celle qu’Esmée et Pepi portaient à la Trou aux biches, parce que là j’ai vu que quand Pepi sort en dehors de SES soirées, et plus spécialement en fin de soirée, il porte un manteau noir classique en mode dandy. L’autre soir à la Coucou Clément était so sexy.Vinyl VS latex : Paul nous a pris en photo.

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J’ai retrouvé Ariel / Lëster qui mixait. Il revenait d’Argentine, ça avait l’air si bien.  On a dansé et on s’est bien amusés ensemble. On a fait des bêtises. Je me suis aventuré avec lui jusqu’au fond du petit club, où j’ai rencontré Elodie Sol. C’était une si belle surprise. On a dansé together comme à chaque fois qu’on se retrouve. A fond. A un moment, bien plus tard je crois Francisco Andres est arrivé, c’est avec lui qu’en octobre dernier nous avons partagé un bout de la marche Existrans. Sous le ciel bleu. On était très contents de se retrouver. Plus tard dans le petite hall, j’ai rencontré Pepi et Naelle Dariya. J’ai revu Sonia. On a ri en évoquant ces séances de tatouage dans une boîte de nuit où tu prends vraiment le risque de te faire rater. Car tout le monde se bouscule. Sonia m’a dit qu’elle assumait et qu’elle prévenait. Peut-être que ça va devenir un style de tatoo ? Tatoo Coucou aux traits épais et au tracé incertain.

De la fin de soirée je ne m’en souviens pas très bien car j’étais un peu déchiré, c’était l’atmosphère de bout de la nuit. J’ai accompagné Elodie prendre son taxi Uber à l’angle de la rue de la Fontaine au roi et de l’avenue Parmentier. On a attendu attendu et quand il est finalement arrivé il ne s’est pas arrêté et s’est en fait garé devant le 56. Quand on a voulu s’approcher, Elodie a trébuché, et alors que je l’aidais à se relever, j’ai aperçu en me redressant le taxi qui démarrait et s’éloignait alors que je le hélais en vain de loin . C’était révulsant. Elodie est restée impassible, comme souvent elle garde son calme et rayonne, elle a appelé un second uber, c’est alors que Francisco est arrivé vers nous. Il est resté avec nous. Quand Elodie est montée dans le cab  on a marché tous les deux tranquillement. Le jour se levait. La chanson de Téléphone n’est pas remontée. On a rejoint Naelle et Pepi dandy qui marchait avec son amie qui était vraiment trop gentille. Boulevard de Belleville ils sont entrés dans une boulangerie. Francisco et Naelle avaient pris de l’avance, ils étaient déjà devant la station. Me suis dis que le risque de la boulangerie c’était que ce soit le début de l’After. Je me suis senti soudain très épuisé. J’ai rejoint Francisco. Nous parlions de Saint-Ouen. Nous avons pris la ligne 2 ensemble jusque Barbès. Il n’était pas loin de 7 heures du matin quand tout s’est arrêté. J’étais fratigué et c’est alors que j’ai malheureusement confondu un accès de désespoir momentané avec un accès de lucidité. J’ai tenté de faire remonter le début de soirée, de rembobiner, quand tout était encore possible et ouvert. En vain. Et puis soudain Kiddy Smile a surgi avec son Bitch Manifesto. Et tout est reparti. Huhuhuuu !

 

 

Publié par cucoandcuca

Transgendered and queer activist /Hacker transgender, performer, détourneur(e) des codes, j'interviens dans les espaces publics les Musées et les dancefloors

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