La langue des oiseaux

C’est le printemps et on peut lire ici ou là des choses bien tristes sur le silence des oiseaux. Oui cela m’attriste beaucoup d’apprendre que de plus en plus d’oiseaux disparaissent, car je les aime, et je suis moi-même un oiseau.

Je suis né Cuco, ce qui signifie coucou en espagnol.  Ce coucou m’a hacké et je suis devenu hacker, Il s’est imposé à moi à Mexico en octobre 2011 au moment de la fête des morts. J’ai accepté cette visitation, même si ce n’est pas le plus charmant des oiseaux, je sais qu’il incarne aussi la subversion et le hacking mieux qu’aucun autre. He’s a sort of  bad bird. Je suis transgenre transspéciste. I’m a transbird. C’est difficile à expliquer, alors le plus souvent je me contente de dire transgenre, ce qui est déjà difficile à admettre pour beaucoup qui, lorsque je leur dis que je ne suis ni un garçon ni une fille, finissent parfois par me demander si j’ai une bite ou une chatte. Si je leur dis qu’en fait je suis un oiseau,  ce serait pire. C’est pourquoi je ne ne le dis qu’aux âmes soeurs que je rencontre ici ou là alla around the world.

C’est le printemps et c’est en ce moment que les coucous font entendre leur  mystérieux « coucou » qui, en retour leur donne leur nom. Ils émettent ce son, qu’on appelle assez improprement un chant , le plus souvent à l’aube dans les forêts, mais aussi parfois au milieu de l’après-midi, et plusieurs fois d’affilée. J’ai rencontré un garçon à la dernière Trou aux biches – fête queer, qui, si l’on en croit son nom, est interspéciste elle aussi  – qui m’a raconté qu’enfant il partait en forêt écouter le chant des oiseaux. J’étais heureux qu’il me parle de cela et de voir ses yeux briller. J’ai oublié comment s’appelait ce garçon ami du dancefloor et de la forêt, j’espère le revoir un jour. Je crois que c’était Boris. Boris l’ami des coucous.

J’ai appris dernièrement qu’une performeuse se dédiait à l’apprentissage des cris et chants d’oiseaux qu’elle intégrait ensuite dans des compositions sonores. On m’a rapporté qu’elle avait dessiné une partition de chant de coucou. J’ai décidé d’aller voir, lire et entendre cette partition et de hacker au passage son espace de jeu. Sur le chemin, quand je marchais dans la rue entre la gare RER de Clamart et le centre d’art Contemporain où je me rendais à pieds, un homme est arrivé derrière moi et a émis des sons, sorte de coassements terrifiants . J’ai sursauté et quand je me suis retourné, il a éclaté de rire. C’était étrange de rencontrer cet homme oiseau presque méchant, avec ses sons effrayants et son rire sardonique. Arrivé au Centre, je suis allé directement voir les partitions. La mienne n’était en fait qu’une petite ligne parmi d’autres, avec, dans la même page, la partition d’une mésange et d’une mouette.

IMG_3371

J’ai eu envie que son auteure vienne me la dire, me la murmurer dans mon oreille de latex, qu’elle dialogue quelques minutes avec moi. Mais ce n’était pas le moment, car quand je suis arrivé, la performance allait commencer, Violaine Lochu était déjà à l’intérieur, entourée de spectateurs, et dehors, au bout de l’allée, il y avait un musicien, Jean-Luc Guionnet. Tous deux créaient un nouvel espace devant nous. Quand elle a commencé à émettre des sons, un nouvel espace vibrant et mouvant s’est créé devant nos yeux et en hors champ. Nous étions tous tendus vers l’écoute.  Peu à peu, nous avons entendus des sons que nous n’avons pas l’habitude d’entendre, des sons que nous n’avions jamais entendus, des sons parfois étranges parfois effrayants. Des cris, des gémissements, des éructations, des borborygmes. C’était saisissant de voir l’espace s’inventer devant nos yeux et de faire partie de cet espace créé par un dialogue basé sur le mélange de proche et de lointain. Un enfant s’est mis à émettre à son tour des petits sons, sorte de rots et de hoquets, tout à fait en dialogue à son tour avec ce qui se passait. Parfois Violaine Lochu laissait échapper des cris d’oiseaux déchirants et son visage se modifiait, et celui des spectateurs aussi.  En hors champs, toujours insistait le son de l’instrument. Magnifique. Une petite fille se roulait par terre et étirait les bras devant elle comme pour danser. C’était un peu chamanique. J’étais heureux d’être là, mon être transbird se déployait, car il y avait vraiment des présences mi oiseaux mi humaines parmi nous et Violaine les incarnait tour à tour, les faisait naître devant nous et avec nous.

Et sur cette photo Violaine Lochut Jean-Luc Guionnet et les deux hackers : la petite fille qui a vraiment beaucoup participé, dansé et dialogué et moi même.29352391_1064371367058294_6593935666714179422_oIl m’a semblé entendre des sons parfois très proches, j’étais très ému, et à un moment j’ai cru entendre aussi le son du coucou. Je ne sais si j’ai rêvé. Après la performance, je suis retourné voir la partition. Je crois que je la murmure régulièrement depuis, comme j’avais chantonné la mélodie de RussianKids de Chassol, quand nous nous étions rencontrés en 2013 sur le dancefloor du Social Club. https://youtu.be/BK96vHF6Suo

IMG_3361

Publié par cucoandcuca

Transgendered and queer activist /Hacker transgender, performer, détourneur(e) des codes, j'interviens dans les espaces publics les Musées et les dancefloors

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :