De la pride, du choix, et du parti pris de la rupture

C’est le mois de la pride et un peu partout des manifestations sont organisées en amont de la grande fête à venir qui commémorera les 50 ans des émeutes de Stonewall Inn qui eurent lieu 28 juin 1969 à New-York dans le quartier de Greenwich Village, émeutes qui entraînèrent quelques mois après la création du GLF ( Gay Libération Front) et du GAA (Gay Activist Alliance).

Dimanche 9 juin à  St Denis, c’était la première pride des banlieues placée sous la bannière de la « révolution queer des banlieues populaires ». C’était fort et important. Fort et important d’y être. J’y étais et j’étais heureux comme souvent dans les manifestations, avec la sensation de vivre un petit tournant politique. Oui, quelque chose a eu lieu en F/rance et cette bascule était joyeuse.

Dans la marche, j’ai croisé des copines, mais aussi le groupe des Femmes en lutte du 93, l’association Ardhis qui défend les droits des personnes migrantes LGBTQI, Acte Up, SOS homophobie. C’était calme et joyeux. Je n’ai pas subi d’agressions. Le photographe et militant Otto Zinzou que je croise souvent dans les manifestations m’a surpris en plein sitting avenue de la République à St Denis, Yann Vourch’ assis à mes côtés porte sur son visage la double fierté d’être de cette marche et d’être de St-Denis, on s’est d’ailleurs revus dimanche matin sur le dancefloor improvisé dans un gymnase à St Ouen, où j’étais déjà allé un jour pour une Tragedy, cette fois c’était une Myst, il était accompagné de son amie Tasha avec laquelle on a parlé de nos luttes, de la pluralité solidaire et nécessaire de nos luttes, sur fond de techno.

Ces cinquante ans de pride sont l’occasion de révéler ou de redire les crispations identitaires qui accompagnent ces luttes et souvent les divisent, car pour beaucoup d’entre nous ce n’est pas la gaypride que l’on fête ce mois-ci, mais la queer pride, à condition de réinsuffler à ce mot la charge politique qu’il sous-entend originellement. Il n’y a pas ni jamais eu de milieu ou de mouvement gay homogène – cet adjectif accolé à gay fait d’ailleurs entendre en langue des oiseaux  le fameux gène de l’homosexualité que les néo-biologistes suivis des conservateurs mettent en avant, pour justifier que l’orientation sexuelle n’est pas un choix mais un déterminisme, thèse qui légitime l’approche pathologisante selon laquelle l’homosexualité est une maladie « génétique », ou bien l’approche libérale réactionnaire encourageant à la tolérance des homosexuel.les puisqu’ils ou elles n’ont pas choisi, la perverse nature devenant alors la seule responsable de cette orientation non naturelle.

Cette déresponsabilisation de l’individu a toujours eu des implications politiques, dans un sens ou dans un autre. Par exemple, au fondement de la justice, le fait que la personne n’était pas consciente au moment du crime ou du délit qu’elle a commis implique qu’elle ne peut pas alors être tenue pour responsable au même titre qu’une personne ayant agi en toute lucidité ou conscience au moment des faits. Dans ce cas-là, la pensée du non-choix constitue un progrès. Cette absence de choix est souvent invoquée, même lorsque le gène de l’homosexualité n’est pas utilisé comme argument. Dans le film Coming Out de Denis Parrot sorti en mai, l’argument de l’absence de choix est récurrent. De nombreux.ses adolescent.e.s disent qu’ils ou elles n’ont pas choisi, qu’ils ou elles ont toujours ressenti, qu’ils ou elles n’éprouvaient pas d’attirance pour le sexe opposé.

Je ne peux m’empêcher de penser que cette façon d’argumenter reste prisonnière d’une construction hétéronormative qui manque le tournant queer de nos constructions et déconstructions identitaires résultant non d’un choix ou du choix d’être soi, mais d’une multitude de choix et surtout d’actes impliquant les gestes et les paroles d’allié.es qui nous reconnaissent et nous incluent. Le choix est sûrement un critère bien trop étriqué pour penser l’identité car il reste enfermé dans une approche binaire et sacrificielle de l’individu irréductiblement marqué par la tension du « ou bien ou bien ». La faiblesse de la pensée occidentale du choix, c’est sans doute d’ériger l’individu conscient et rationnel comme étalon de mesure suprême de la liberté. L’impensé de cette vision c’est la place de la contingence et de l’au-delà de soi en soi.

La pride, cette fierté qu’un être hors norme subissant des attaques stigmatisantes, éprouve ou brandit comme une arme, suppose bien plus que de choisir une orientation. Ce sentiment de fierté, ou cet « état » de fierté, découle d’une adhésion à un monde commun, à des valeurs communes, mais surtout à la possibilité d’une reconnaissance, réalité qui est donc bien plus ample que la seule adhésion à soi et à ses désirs. Cette adhésion s’approche bien plus d’une conversion spirituelle et éthique qui nous relie à d’autres que du choix individuel, conversion qui n’est pas forcément liée à un moment clef que l’on appelle le choix, mais résulte d’une incubation lente, d’une infusion diffuse qui nous transforme insidieusement. Nous restons certainement trop liés en Occident au modèle cartésien du changement de paradigme, du renversement copernicien; on a souvent besoin de penser à un changement radical et soudain, à un avant et un après LE choix. Cette vision du choix reste prisonnière d’une vision verticale hiérarchique et subjectiviste, où l’on atteint un sommet, une acmée, sur fond de dramatisation psychologique. Je pense qu’au contraire les changements se passent souvent autour de nous et que nous sommes aux prises avec cet autour, et bien souvent le nous ne prévaut pas du tout, parce que surviennent des changements en dehors qui nous contaminent.  Et dans nos luttes et dans nos choix, nous nous rebellons souvent contre des assignations naturelles ET culturelles. Nous menons plusieurs batailles. Toujours recommencées. Nos identités hors normes sont le fruit de choix ET de non choix.

Le mouvement de la pride est souvent discrédité au nom d’un universalisme et d’une critique des dérives individualistes de la société libérale qui atomise la société et les individus réduits alors à n’être plus qu’une somme de propriétés. Le développement des mouvements de fierté : Fierté d’être soi, fierté d’avoir le courage d’échapper à la norme, fierté d’oser, sont ainsi dévalorisés, attaqués et réduits à l’affirmation aussi tautologique que stérile de « I’m what i’m » ou encore « My body my property ». Dire sa fierté serait s’auto-célébrer, et cette auto-affirmation de soi, cet auto-centrement seraient des symptômes du néo-libéralisme qui produit de la division du corps commun pour exalter les individualités et leurs libertés illusoires, divisant les luttes sociales et annihilant la conscience de classe. La culture de la pride serait un avatar des dérives capitalistiques. La critique est très tentante, car oui, bien sûr la lutte des classes avant tout ! mais elle est aussi trop facile, car on peut être hantés par la possibilité hétérotopique de constructions de mondes égalitaires, nouveaux et parallèles, de mondes nouveaux de et en résistance, sans succomber à cette litanie catastrophiste et anti-individualiste. Dans ce monde de la pride, l’horizon est ou devrait être hétérotopique, où les personnes sont des allié.e.s, car sans cette ou ces alliances politiques et philosophiques, cette fierté d’être soi serait une coquille vide. De mon côté, pour célébrer une pride sans peur, je veux mentionner deux portraits d’ami.e.s de la communauté, portraits de pride co-réalisés par mon ami Matthieu Foucher avec Vice, parus la semaine dernière, sous forme de vignettes vidéo, je veux en parler non seulement parce qu’il s’agit d’ami.e.s, mais aussi parce qu’ils ont suscité sur les réseaux, des vagues ignobles de réactions discriminantes, violentes, racistes, grossophobes et homophobes.

D’abord, j’ai envie de les remercier pour leur courage, et puis aussi pour leur amitié non jugeante, car que ce soit Leslie ou Brahim, ce sont deux personnes qui m’ont toujours considéré, accepté et apprécié comme je suis et pour qui je suis. Et ce qui me rend heureux, au-delà d’être fier, c’est que dans notre communauté queer, souvent nous nous reconnaissons et nous nous aimons dans nos différences et nos prises de risques plus ou moins radicales : sans nécessaire fascination pour elles, nous savons les reconnaître, car nous en connaissons le poids et le coût. A considérer les commentaires effroyables laissés sur les différents murs des réseaux sociaux où ces vidéos ont été publiées, je dirais que cela soulève la nécessité de se positionner encore et toujours. Encore plus fort. C’est de cette charge de violence subie – que nous devons et devrons toujours affronter – dont je veux et dont il faut parler, car la pride n’est pas un couronnement, ni seulement un sentiment, mais bien un état et une condition politique, ou du moins devrait l’être, liée aux mouvements de lutte, et ce, originellement, où à notre tour, il faut parfois être capable d’exercer la violence pour se défendre.

Oui, au-delà de l’exercice trop facilement critiquable de l’auto-satisfaction d’être soi-même, la pride signifie des luttes à mener, et cette année particulièrement, une lutte colorée de jaune et de noir, car aux Gilets Jaunes ont succédé les Gilets Noirs, non pour les remplacer, mais pour étendre et faire résonner ce mouvement de critique sociale radical, depuis lequel rien n’est plus pareil dans le paysage politique français.

La première vignette est consacrée à Leslie Barbara Butch, dj féministe et Présidente du pôle LGBTQI du BAAM, Leslie dont j’ai déjà parlé les semaines dernières, puisque j’étais précisément en sa compagnie à la Java, quand elle a été filmée début mai et qu’elle performait avec H. aka Alix Hélène Mourrier « Bash-back ». Et si je le redis ici c’est parce que ce terme est crucial pour  justement penser la fierté au-delà du choix. LBB déclare être gouine grosse et juive, et on ne choisit pas forcément d’être homosexuelle juive et grosse, on peut en effet subir ou simplement hériter de ces « propriétés ». La question du choix ou de « se » choisir n’est pas originaire. En revanche, ce qui est sûr, c’est que son acte de fierté est un choix : choix de s’affirmer, choix de se outer, de le dire de l’acter de le performer. Sa vignette explicite bien ce dépassement du choix dans l’affirmation fière, elle explique de manière concise ce qui lui permet aujourd’hui d’être fière : un monde l’a accueilli où elle s’est sentie reconnue; le monde Transpédéegouines l’a conduite à la construction d’un corps politique. La pride découle donc d’un processus d’acceptation de qui elle est, grâce à l’acceptation d’un monde fondé sur la lutte contre les stigmatisations des minorité.e.s, le monde Transpédéegouines. Dans son cas, son corps devient politique à partir du moment où elle a rejeté une triple stigmatisation de genre, de sexe, de race, et ce, grâce à un milieu qui porte et partage ces valeurs.

En disant je suis gouine grosse et juive et je suis fière, c’est évidemment l’homophobie, l’antisémitisme et la grossophobie qui sont désignés comme ennemis idéologiques, et ce qu’elle utilise comme arme, c’est le Bash-back; Bash-back ou la stratégie du dans ta face : J’endosse et surtout renvoie les insultes que je subis. Terme anglais venant du « bashing » qui signifie agresser verbalement ou physiquement, souvent utilisé pour les actes homophobes. Le Bash Back est donc une réappropriation, une forme de riposte créatrice à une agression adressée spécifiquement à des pédés, des gouines et des trans. Dans le cas de la performance Bash Back performée par et avec H. elles endossent les noms et les signes de la putophobie de la grossophobie et de la misogynie pour les incorporer et les transfigurer en fierté. Dans la performance, H. écrit à même la peau de Leslie et au crayon noir les termes de Grosse Gouine. Si la bitch et la pute sont les nom de l’infamie – infamie rappelant la misogynie d’un Godard qui fait demander à son héroïne : « une femme c’est comme infâme ? » – alors nous nous dirons bitches et putes. Oui, les transféministes conçoivent souvent la pride comme un exercice non seulement de renversement mais de catharsis contagieux.

La singularité de Leslie, c’est aussi qu’elle se range du côté du mouvement Gras Politique, un mouvement co-fondé par Daria Marx, qui s’est fait beaucoup connaître dans la presse l’an passé. L’année dernière, au FGO Barbara dans la Goutte d’or, j’ai vu Leslie mixait avec deux de leurs représentantes dansant sur scène dénudées, elles étaient powerful.

Son autre courage, c’est de s’affirmer gouine juive, car ce n’est pas chose aisée dans nos milieux queer intersectionnels,  la critique de l’Etat d’Israël étant un leitmotiv encore plus brûlant depuis que le débat entre antisionisme et antisémitisme est devenu plus virulent, et aussi depuis que certains hommes politiques en France ont décrété qu’une loi assimilant les critiques antisionistes à de l’antisémitisme, qui lui est un délit, allait être promulguée. Sans cesse et jamais assez doivent être dénoncées les dérives racistes de l’Etat d’Israël lorsqu’il se conçoit comme « Etat Juif », alors même qu’il y a des israéliens arabes non juifs, ses nouvelles colonisations, le blocus épouvantable de Gaza. Cette critique légitime de l’Etat d’Israël fait que parfois revendiquer d’être juif ou juive devient tabou. J’ai découvert dans un de ses posts qu’il y a deux ans elle avait commis un double acte de fierté : elle a joué en Lituanie, où son grand père juif a été déporté en camps de concentration, dans la ville où a été assassiné son grand-oncle, parce que juif;  elle a joué à l’endroit où Hitler a prononcé son discours, et là où étaient érigés les drapeaux du 3ème Reich elle a installé le Rainbow flag. Bravo LBB.

La seconde vignette est consacrée à Brahim, un compagnon ami de la nuit mais aussi du monde militant, lié aux ami.e.s du pôle LGBTQI du BAAM. Sa vignette est subversive, là encore bien au-delà de la question du choix. Subversive, car iel lie sa fierté au fait d’être une personne non binaire, mais aussi noire et réfugiée. La difficulté de l’exercice de fierté, c’est qu’iel se retourne aisément contre ceux, ciels et celles qui s’y frottent. Brahim exprime son identité non binaire, iel est gender fluid et veut montrer que ses créations vestimentaires s’articulent à cette vision gender fluid, mais iel dit aussi qu’iel est une personne noire et réfugiée, précisant qu’iel n’a pas envie d’être appréhendé ainsi, que « réfugié » n’est pas écrit sur son front. Le paradoxe c’est que de le dire produit l’inverse de ce qu’iel souhaite. Alors que nous dansions comme des folles à la Myst à St Ouen dimanche matin avec Julian, Brahim, Alix, Julian m’a demandé si j’avais regardé la vignette de Brahim. Je lui ai dis que oui mais que je n’en avais pas parlé à Brahim parce que j’imaginais que ça ne devait pas être facile pour iel d’être soudainement interpellé partout et par tout le monde, et peut-être justement comme iel ne souhaite pas l’être, car avant tout iel souhaite être considéré comme non binaire et finalement iel risque d’être interpellé comme « réfugié ». Julian m’a confirmé qu’en effet beaucoup de personnes venaient voir Brahim pour lui dire qu’elles ne savaient pas qu’iel était réfugié. Alors j’ai dansé avec Brahim comme d’habitude, sans lui dire que je l’avais trouvé courageux, beau et pertinent. Car évidemment cette parution a entraîné de nombreuses réactions racistes, et même si Brahim ne veut pas être d’abord perçu comme une personne noire et réfugiée mais comme Brahim, son affirmation de fierté de personne non binaire racisée créatrice engagée ouvre aussi un espace de reconnaissance et de reconsidération pour les personnes racisées et réfugié.e.s, aujourd’hui persécutées et stigmatisées en France et dans tous les États européens violeurs des droits des personnes migrant.e.s, réfugié.e.s que l’on a trop tendance à percevoir ou à représenter sous une forme misérabiliste. Un ou une réfugié.e est avant tout une personne. Une personne qui a subi ou subit des violences. Une personne dont les droits fondamentaux ont été et sont bafoués. Une personne qui a des droits. Bravo et merci Brahim d’avoir eu le courage de t’inscrire dans ces luttes et ces fiertés. De les visibiliser

Et de parler de pride et de luttes en faveur des personnes migrant.e.s, me revient cette magnifique action du BAAAM, Human After All, à laquelle j’ai participé le 11 mai. Après des rencontres organisées aux Laboratoires d’Aubervilliers, où des pancartes avaient été préparées, une marche partait de République. Comme il existait une pancarte « Moins de frontex plus de latex », j’ai décidé de la faire mienne le temps d’une marche. Une grande pluie s’est abattue sur nous qui a retardé le départ, car justement Leslie / LBB et Élodie Lavoute mixaient sur un camion qui ouvrait la marche, et il fallait évidemment protéger les machines de l’eau. C’était une manifestation de pride, à laquelle participaient de nombreuses personnes migrantes et malgré la dimension tragique du sort réservé aux demandeuses d’asile et globalement aux sans papiers en France, la marche était joyeuse.

 

Ma pride : être un hacker gender-fucker qui s’attaque au cis-tem. Ma pride : savoir que j’appartiens à un monde bien plus vieux et bien plus grand que moi. Ma pride : provoquer contester et vomir par tous les pores de toutes mes peaux le label de notre République mortifère raciste et islamophobe « la République à visage découvert ». Ma pride : dire et se redire que la suprématie de l’homme et de la femme blanc.he hétérosexuel.le.s est une invention idéologique pour dominer le reste des humain.e.s non blancs et les autres êtres vivants, femmes, enfants, transgenres, animaux non humains, plantes, biens communs. Rejeter cette suprématie blanche c’est déconstruire la pensée du progrès et des lumières qui fonde philosophiquement cette appropriation violente des êtres et des biens par les humain.e.s blanc.he.s. Ma pride de transbird coucou ( traduction française de mon nom espagnol cuco) :  co-habiter amoureusement et spirituellement avec des animaux non humains et des milliers d’espèces végétales. Ma trans-pride de tranimal :  me sentir m’éprouver me penser comme un animal humain et non humain, être inter, anti et trans-spéciste autant que transgenre.

On apprend aujourd’hui que la gaypride lyonnaise n’a pas pu avoir lieu à cause du déluge de pluie qui s’est abattu sur la ville et ses manifestantes selon certains, ou à cause de l’intervention de queers radicaux qui seraient intervenus en tête de cortège selon d’autres. Les queers radicaux ou vénères ayant été sûrement trop vite assimilés à des blacks blocks, cette nouvelle encore floue interroge les clivages, et surtout, la possibilité qu’ils existent…car il faut pouvoir ouvrir des espaces de lutte antiracistes et de contestation radicale, pour plus d’égalité des droits, pour plus d’égalité économique, sinon, l’exercice ou le rituel de la fierté se refermera sur l’homonationalisme défendant des privilèges de personnes blanches nanti.e.s

Je suis le plus souvent  partisan de la rupture, car c’est ce parti pris de la rupture qui permet de penser par exemple la possibilité d’une révolution queer des milieux populaires.

Vive les Prides avec les Gilets Jaunes ! Vive Existrans ! Vive les prides de nuits ! Vive les prides des banlieues ! Cette queer pride de banlieue était vraiment joyeuse, festive, j’étais heureux de marcher dans cette ville et de croiser des ami.e.s de la nuit, comme Esmée, Soraya aka Sentimental Rave avec laquelle j’ai longuement parlé, qui revenait juste de Rome encore toute épuisée. Avec Soraya nous nous connaissons depuis des années, bien avant qu’elle ne devienne dj et compositrice, bien avant que Sentiment Rave existe, elle aussi m’a toujours considéré dans ma transidentité de hacker, et j’aime découvrir aujourd’hui la façon dont elle incorpore la lutte, la violence et nos résistances dans sa musique, variante de techno hard-core, le gabber est punk, et j’aime apprendre que ce terme vient du yiddish qui signifie ami ! La boucle est bouclée ! Si LBB l’apprend, elle ouvrira peut-être un jour un de ses djsets au gabber. Et puis il y avait aussi Victor Zébo et Clémence De St Denis accompagnée de son sublime chien renard qui a rencontré le chien noir de Alez Discoballerino…

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Et comme j’aime les circulations de la rue au dancefloor, c’était du bonheur de revoir Alez  à la Myst, qui a été le plus chevalier des chevaleresques durant toute la nuit et tout le matin à offrir ses soins et ses attentions. Quelle belle rencontre ! À St Denis, il y avait aussi Mathieu avec Gabriel, qui a écrit ensuite un joli papier dans les Inrocks.

Last but not least, l’émotion, la grande émotion était à venir : à la fin de la marche, sur la place de la Basilique, est intervenu le collectif des Femmes en luttes du 93, groupe de militantes féministes anti-racistes que j’admire depuis que je les ai croisées il y a quelques années en manifestations anti-racistes Boulevard Barbès. C’est pourquoi je veux terminer ici par elles, et par cette voix qui a illuminé notre dimanche et rassemblé les coeurs. Merci à toi Hanane.

Publié par cucoandcuca

Transgendered and queer activist /Hacker transgender, performer, détourneur(e) des codes, j'interviens dans les espaces publics les Musées et les dancefloors

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